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« Five Truths » de Katie Mitchell à la Maison Jean Vilar

            La Maison Jean Vilar en Avignon, un peu en retrait de la place de l’Horloge rend hommage au théâtre du créateur du Festival et du TNP  mais plus largement s’affirme comme lieu de la mémoire du théâtre, du spectacle vivant : sa riche bibliothèque ( accessible à tous et gratuite), antenne du département des Arts du spectacle de la BNF propose aux lecteurs : revues, vidéos, ouvrages à la fois sur le théâtre, le cirque, la danse, l’opéra ou le cinéma. Par delà   sa mission de « conservatoire », elle participe de la modernité comme en a témoigné cet été et cet automne, la présentation de l’installation-vidéo de Katie Mitchell : Five Truths

 

 

katie mitchell

Katie Mitchell, « Five Truths », installation vidéo

 

             « He’s dead and gone ».

 

 

            La metteure en scène britannique, Katie Mitchell revient comme au commencement du théâtre contemporain ( celui du XX ième siècle, et  au  point indépassable dans l’histoire du théâtre européen : la tragédie d’Hamlet. Son installation est une plongée dans le noir ( comme dans une salle de spectacle), une expérimentation visuelle et sonore : dix écrans nous encerclent, nous enferment. Nous sommes assis ou debout, face ou de dos aux images mouvantes ; nous pouvons marcher,  nous retourner mais jamais, nous ne pourrons tout voir de la scène  5 de l’acte IV, celle de la folie d’Ophelia pleurant la mort de son  père ; ni de la scène 7 et du récit de sa mort, de sa noyade par la reine Gertrude et de sa mise en scène à la manière de cinq metteurs en scène, fondateurs d’écritures scéniques révolutionnaires : Brecht, Artaud, Brook,  Stanislavski et Grotowski. Peut-on en réalité toucher à la vérité ( truth) du texte dramatique ? . Il n’y en a pas qu’une, mais au moins cinq nous répond la conceptrice de l’installation. Où se trouve le sens dès lors que le texte se lit se re-présente autant de fois que possible ? Vertigineuse  méditation puisqu’ici il s’agit d’une mise en scène filmée ( vidéo de Leo Warner) de cinq  possibles réalisations  sur un plateau ou plutôt en vidéo, medium très  présent aujourd’hui dans les écritures dramatiques.  Et cette dernière revient en boucle  comme une machine un peu folle reprend marche tandis qu’apparaissent sur fond noir les noms des  cinq metteurs en scène.

Seule la comédienne,  Michelle Terry, en robe fleurie vient et revient sur tous les  écrans en portrait ou en paysage en éternelle fiancée de Hamlet.  Unité charnelle  en gros plans, grimaçant jusqu’à la déformation de son image chez Artaud, hurlant silencieusement, s’agitant, se secouant comme si elle était prise de convulsions chez Grotowski,  chantonnant  comme le dit  une didascalie de Shakespeare chez  Brook  tandis  que «  brechtienne » elle s’affaire pour récupérer en voleuse, les quelques biens laissés par son père ( argent, montre, alliance en or..) et dit qu’elle dit le texte ( she said)  tandis qu’un fond musical à la Kurt Weil retentit.

Ce qui fait retour,  permanence, c’est avant tout justement le texte anglais de la tragédie. En quelque sorte, il s’agit du noyau dur de la théâtralité, la part irréductible à toute représentation.

En revanche, l’oeuvre de mise en  image, de mise en  en espace, par delà la spécificité de chacun des illustres metteurs en scène s’appuie sur des accessoires présents ou absents, un cadrage du visage particulier, des jeux spécifiques avec la lumière même si l’obscurité enveloppe l’ensemble comme la pièce où nous, les spectateurs, nous contemplons le polyptyque de K. Mitchell. Une lampe s’allume et s’éteint sur le bureau  ; le bouquet de fleurs dont parle Gertrude sera plus ou moins «  reconstitué ». Un aquarium avec des poissons rouges surgit dans la version Artaud. Ophelia avale des cachets chez le dramaturge allemand alors que la pièce disait que ses vêtements alourdis par l’eau avaient provoqué sa mort, sa «  muddy death »

Il y a essentiellement  le jeu de la comédienne  pour dire le varié, le multiple de la mise en scène et de ses conceptions.: sa diction,  son expressivité ( le chagrin des larmes et la vocifération de la déraison), sa gestuelle. Elle ne se noie pas toujours de la mêle manière. Son corps flotte soit sur le ventre, soit sur le dos.

Nous n’avons pas à choisir telle ou telle version proposée ; nous n’avons qu’à jouir de la grandeur du texte,  de son incroyable intemporalité,  et de sa « picturalité » ( on ne peut s’empêcher de revoir là les tableaux de  Delacroix, Millais ou Redon). L’Art au fond nous répète que la représentation est aussi, reproduction, recommencement ailleurs, en un autre temps et autrement.

            Katie Mitchell est l’une des plus importantes metteures en scène de théâtre et d’opéra  anglaise, participant régulièrement au Festival d’Avignon.

 

             Marie Du Crest.

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