Création/Littérature/Prose

Philippe Labaune, C’est dans la vallée

je suis un espace ouverte à l’horizon toujours fuyant je ne suis pas l’océan je suis la vallée collines ruisseaux creux et bosses bosquets et fourrés champs d’herbes hautes et bois profonds je suis le paysage c’est un rêve je suis le chant je suis la bataille encore bataille et bleu du ciel toujours je suis poursuivi par l’azur et l’ombre des ombres à jamais mobiles infixées lent mouvement lent danse ralentie des hêtres en boucle je suis le champ de la bataille fête profonde de la pensée dans la bouche sous la langue troupeaux d’éléphants en rut qui chargent et s’affrontent ma parole ç’aurait pu être une épopée ma parole de vallée eau et flammes par les trompes et trompettes jéricho sous les eaux éléphants-dragons aveugles et sourds pris en leurs tensions inverses font des nœuds de leurs puissances respectives et mêlées emmêlées je suis la vallée le sol qui vibre toute la vie d’un homme chien chien mon chien viens couché-là contre ton maître-maîtresse

– C’est quel genre ce poème ?
– Ceci est un poème neutre, un poème sans sexe. Surtout pas.

douceur et fidélité du chien prenons un cliché de cet instant pour notre diaporama de noël cadrons découpons évacuons le reste autour welcome silence dans la vallée c’est l’aveu la liste de mes crimes c’est le temps de la passe le passage l’instant impasse ça s’étire en longue langueur je suis la vallée de mon enfance je recommence repartir à zéro vallée année 0 écran blanc je voudrais plus d’un soir temps de dire mon secret de quoi ai-je peur j’ai peur de sortir sans casque sans masque sans combinaison n’ai pas la combinaison j’ai peur d’avoir les yeux rouges de pleurs pour l’éternité j’ai peur d’avoir les yeux rouges de pleurs pour l’éternité temps de dire toute la vie d’un homme je suis cette vallée-enfant vallée d’un simple geste d’enfance en signature une tête oblique une main ouverte et qui protège de la lumière tant de douceur à être penché les yeux mouillés bleu

 

Philippe Labaune

Attaquer le soleil, à la Villa des roses, en décembre 2017.
Texte de la série « Panoptikon ».

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