Création/Littérature/Prose

Marie du Crest, L’amour dans la ville

L’instemps. L’instant d ‘une nuit qui vient de finir l’instant de l’aurore inconnue et l’instant de l’aube blanche l’instant d’après l’instant l’instant de mon regard enfin ouvert l’instant d’un rai de lumière tracé sur le plancher l’instant de mon pied qui se pose sur le tapis ancien l’instant du lit quitté en drapés du désir  imaginé  l’instant d’une odeur chaude de café l’instant du pain qui craque sous la dent l’instant d’une douche brumeuse en giboulée l’instant du corps en habits l’instant du maquillage dessiné sur mes yeux et mes lèvres l’instant du peigne d’os qui jardine dans mes cheveux emmêlés   l’instant des deux chaussures en cuir lacées l’instant du grand sac jeté sur l’épaule droite l’instant du trousseau de clefs sonore qui referme à double tour l’appartement l’instant du seuil franchi l’instant de la descente rapide dans les escaliers en bois du vieil immeuble l’instant du souffle un peu court l’instant en secondes sur le cadran de ma montre l’instant du doigt qui appuie sur le bouton qui ouvre la porte cochère l’instant de la bise du dehors sur mon visage l’instant de mes pas sur le trottoir quelque part vers le carrefour l’instant de l’arrêt au feu rouge du petit bonhomme qui clignote  l’instant des regards  croisés et déjà fatigués   l’instant des escaliers dévalés dans la profondeur du métropolitain l’instant du pass navigo  plaqué sur le portique  des départs l ‘instant de l’attente sur le quai qui va s’achever  l’instant des minutes  annoncées avant l’arrivée de la rame l’instant des portes qui s’ouvrent  et se referment  l’instant du strapontin qui claque  l’instant du trajet qui tangue d’une station à l’autre entre tunnels et retours à la surface de la lumière du matin l’instant d’un homme ténébreux en manteau sombre et écharpe de laine qui descend avant moi l’instant des affiches d’exposition et des mauvais spectacles aperçues en pleine vitesse l’instant de ma main qui soulève le loquet métallique  l’instant du parcours dans les couloirs musicaux l’instant d’une correspondance au détour d’une volée de marches l’instant où chacun suit sa route  l’instant de la remontée l’instant  vers les rues bruyantes retrouvées  l’instant du chemin qu’il reste à faire en direction de ta rue l’instant de mes doigts qui pianotent  sur le digicode de tes secrets  l’instant du moment où je pénètre dans ton immeuble l’instant de l’ascenseur qui descend et l’instant du bouton du troisième étage cerclé de rouge  l’instant de l’ascension rapide  l’instant de de mon index de mon majeur et de mon  annulaire qui tambourinent  comme un percussionniste à ta porte l’instant de tes pas entendus dans le corridor l’instant  où tu vas m’ ouvrir et m’enlacer l’instant de tous nos derniers instants.

Marie du Crest

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s