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Retours sur le Festival FOCUS

Le Théâtre Ouvert ( Centre National des Dramaturgies Contemporaines) propose dans le cadre de la quatrième édition du festival Focus, de faire entendre des textes souvent inédits d’auteurs français et étrangers en  résonance avec le temps présent parmi lesquels  celui de David Léon :  De terre de honte et de pardon, qui paraîtra en janvier 2018, aux Editions espaces 34. Plusieurs dispositifs sont mis en oeuvre autour des textes dont la mise en espace, la lecture performance, la performance musicale et la mise en voix.

« Le carnet des écritures »

             Un comédien (Pierre-Félix Gravière), un musicien, (Guillaume Léglise ). Le premier est celui qui lit, non pas le livre mais ce qui le précède, le manuscrit relié dont il tournera les pages devant nous, faisant ainsi, entre ses mains et ses doigts, avancer le récit de la vie de David. Il nous la conte, il la profère avant qu’elle ne devienne mise en scène.  Il est installé côté cour, assis sur une chaise tandis que le musicien, plus en retrait, côté jardin, en biais, l’accompagne derrière sa table de mixage. Son étui à guitare reste grand ouvert comme une promesse musicale ; son instrument droit debout derrière lui.

Il faut commencer à lire, à dire dans un élan, un sursaut. «  C’est alors… ». Le comédien alors se lève et le musicien a joué l’ouverture,  celle  des cloches, musique thématique du texte toujours en tension entre le profane et le sacré, incarné par David,  le garçon « si blond » et le roi musicien d’Israel. Le « lecteur » sur le plateau prononce, articule, nous embarque dans le texte de David Léon de tout son corps : sa voix, ses gestes, ses postures. Il s’assied, se relève, se met à genoux, grimpe sur une chaise, s’adosse au mur du fond.  Il peut même être tout à la fois la mère de David ou David en personne, simplement en changeant de côté sur sa chaise. Il s’immerge dans le manuscrit comme le ferait un comédien durant le chantier d’un spectacle mais surtout il le transforme en accessoire essentiel du sens puisqu’il devient le « carnet des écritures » du jeune garçon qui échappe à l’enfer familial, en noircissant un cahier  clandestin, caché, sous son lit, dans lequel il note, les Ecritures, les récits bibliques  qui sont autant de superpositions  poétiques  et salvatrices. Il sort de sa poche une petite lampe torche et comme le fait un enfant dans le secret de sa chambre sans éclairage, il  parcourt les lignes de ce journal intime, en somme. Nous devenons ainsi ses complices. La mère n’a-t-elle pas  prophétisé : tu écriras ?

Le musicien n’illustre pas  les paroles du comédien mais leur donne une rythmique, une ampleur  plus forte par moments. Pulsations, martèlements, bourdonnements. La violence, la folie du frère de David aussi dans  les sons, les bruits qu’il crée.

La voix du comédien devient à son tour, électrique, amplifiée par le micro lorsqu’il récite le poème des origines dans toute sa beauté et sa dureté :

je suis d’un vieux pays…

 

              Pourtant la douceur irrigue cette trajectoire douloureuse, c’est celle qu’accompagne la guitare, comme une lointaine mélopée lorsque ressurgissent les souvenirs de l’enfance, du temps des petites classes. Lorsque, à la fin du spectacle, le lecteur ne fera plus qu’un avec le comédien du jeu, assis au bord de la scène, le visage dans la lumière faisant et disant ses gestes ( les mains sur les genoux), le musicien, après son départ, entonnera la chanson de  Tom MacRae, You cut her hair, avec sa guitare électrique à la mélodie si mélancolique. Paroles en écho peut-être à la représentation

 Turn the page/ Start again/ Change your name.

             Et à son tour, le musicien s’en va, gravissant l’escalier de la travée centrale. Retournant ou revenant au silence avant les applaudissements.

 

Marie Du Crest.

                       

 

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