Création/Littérature/Prose

Sabine Hélot, Mon petit corps

MES POILS

Parfois, je m’attendris sur mes poils. J’aime leur oisiveté, leur caractère fraternel et la paresse qu’ils ne tentent jamais de dissimuler. Tout le long du jour, de la nuit, ils restent couchés, unis, en harmonie. Tranquilles. Sauf en cas de coup dur. Alors, ils se lèvent d’un bloc, se dressent comme une armée pour me défendre. Ma fourrure perdue de grand singe se souvient, dérisoire et solidaire.

 

MON INTERIEUR

Parfois, je me sens tout vide. Quand on m’a crié dessus. Quand on a été injuste. Quand je suis triste. Et pourtant, je sais que tout est là, dedans. Rien ne s’est échappé de moi. Je n’ai vu pas vu mon coeur, ni mon estomac, ni mes intestins tomber par terre. Ils sont tous là. Mais peut-être se sont-ils imperceptiblement rangés, pressés les uns contre les autres pour que je sente un tel désert à l’intérieur de moi ?

 

MON VISAGE

Parfois, je me demande quel est mon vrai visage. J’en ai tellement. Celui tout détendu quand je dors. Celui avec la fossette quand je souris. Celui, déformé quand je crie. Gonflé quand je pleure ou quand j’ai un rhume. Mes Playmobils, eux, n’ont pas ce genre de doute.

 

MES NARINES

Parfois, j’aimerais avoir un ami toujours avec moi. Que je transporterais et qui me soutiendrait partout, à tout moment. Mais avoir une souris ou un hamster dans sa poche, ce n’est pas discret. Une fourmi ne voudrait jamais venir toute seule et j’ai un peu peur des araignées. Alors, j’ai choisi un petit pois que j’ai glissé dans mon nez. Je le sens grandir, un peu plus vite que moi peut-être. Quand je ne pourrai plus le cacher, je le planterai et, pour me sentir moins seul, je regarderai sa famille s’agrandir.

 

MES LARMES

Parfois, mes larmes me semblent si bêtes, si stupides à couler dans le même sens. À être si parfaitement identiques, que je pleure de rage, de tristesse ou d’humiliation. Je voudrais tellement réinventer mes larmes. Les inverser. Les colorer selon mon humeur. Les faire exploser comme de petits geysers quand je suis en colère. Ou en faire comme de minuscules nuages qui me cacheraient quand j’ai trop honte.

 

MON NOMBRIL

Parfois, je voudrais m’ouvrir à tout, en grand. Donner de l’air et de la lumière. Chasser l’obscurité et l’odeur de renfermé de mon intérieur. Faire voler la poussière qui reste dans les coins. Je voudrais tout révolutionner. Tout renouveler. Tout au milieu de moi, un nœud à dénouer pour tout recommencer. Mon nombril attend secrètement son sésame. Je suis mon propre trésor et je veux être aussi mon découvreur, mon Ali Baba à moi, chanceux et rusé.

Sabine Hélot

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