Création/Littérature/Prose

Marie du Crest, Fragmentée (8)

Quatre et quatre font huit des calculs enfantins.

Octuor.

Presque l’orchestre.  Se réunir et jouer. Ne plus rester seule dans Marseille où je me suis perdue.

Je me souviens d’avoir vécu dans cette longue rue qui finissait sur un parking à ciel ouvert dont l’adresse était curieusement, place Virgile. Je m’étais souvent interrogée sur la raison qui avait poussé les édiles à attribuer à cet endroit sinistre, le nom du grand poète latin. Peut-être avaient-ils voulu  justement  lui accorder quelque chose de la grâce des vers de l’Enéide, malgré sa laideur moderne.   Je vivais dans le haut de la rue de loin la partie la plus fréquentée. Il en va ainsi de nombreuses artères qui à quelques numéros près changent totalement de physionomie.  Adresses animées et brusques inquiétudes des passantes qui hâtent le pas à la tombée de la nuit.  Elles prennent peur, se retournent, croyant entendre les pas d’un poursuivant malfaisant. Le bas de la rue à l’éclairage blafard inquiète.

Mon appartement se situait au rez-de- chaussée, caché derrière les grilles protectrices. La pièce principale donnait sur les cours des immeubles environnants. Ce qui m’avait fait loué ce deux pièces, c’était le somptueux citronnier qui occupait le jardinet ; il me procurait des fruits en quantité et me faisait croire à une bastide en miniature.  Les voisins et moi, nous entretenions des relations justement de bon voisinage : nous ne nous espionnions pas mais nous connaissions les habitudes de chacun d’entre nous : le temps du linge étendu, des soirées musicales, des visiteurs réguliers. Au fond du petit jardin, je remisais mes livres dans une sorte de cabane glaciale par temps de mistral et étouffante à la canicule.  Le matin tôt, les hirondelles circulaient comme des avions de chasse, légers et gracieux, dans tout le périmètre. Je tentais de suivre l’une d’entre elles mais mon regard perdait l’oiseau de vue car il ne pouvait fendre l’air comme lui. Je prenais mes repas à la belle saison sur une terrasse .J’aimais vivre là, modestement mais  en toute quiétude. Redevenue seule après l ‘avoir quitté. Cela faisait presque dix ans que j’avais délaissé Marseille, regardant une dernière fois dans le rétroviseur la ville qui disparaît dans un dernier virage après la Castellane, les quartiers nord,  juste après le tunnel et la mer comme évaporée et les collines minérales  face à moi.  Aller vers le nord.

Ma vie, garrigue incendiée.

 

 Feu, au feu !

Marie du Crest

 

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