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La sociologie comme science complète qui décrit les stratégies des hommes pour arriver à leurs fins

 

La sociologie s’apparente à l’art de la guerre. Le désir de domination chez l’homme fait que ce dernier utilise toutes les stratégies dont il peut disposer pour anéantir son adversaire. Quant aux sociologues, ils sont divers et variés. Il y en a des plus réactionnaires jusqu’aux plus progressistes. Il est donc de ce fait nécessaire de ne pas leur coller à tous la même étiquette. Lorsque Pierre Bourdieu nous dit que « la sociologie est un sport de combat », il ne s’agit pas ici d’un euphémisme. La sociologie est au sens propre un art de la guerre sociale, ou plus exactement l’analyse de cette guerre sociale. Et comme dans toute guerre, il y a des alliances, des trahisons, bref, des stratégies multiples pour atteindre des objectifs. La société étant constituée de dominants et de dominés (la société sans classes ayant échoué), chaque dominant essaie de dominer toujours plus, et chaque dominé tente de s’extraire du pouvoir de son dominateur. C’est ce que font par exemple ceux qui montent leur petite entreprise pour ne plus subir l’emprise de leur patron et s’extraire de son exploitation financière. Une psychanalyste faussement naïve disait que toute la sociologie consiste à analyser la lutte des pauvres contre les riches. Puis elle ajoutait : « c’est sûr que pour faire des bonnes études, il vaut mieux être beau et riche ! » Phrase d’une stupidité affligeante qui vise, en tant que psychanalyste, à tout ramener à l’individuel alors que l’individu est totalement immergé dans le social et ses luttes perpétuelles. Ainsi cette psychanalyste fait-elle reposer tout le poids des responsabilités sur l’individu, comme si le monde social n’existait pas. Face à cela , nous disons que la science placée au début de la classification des sciences est la science de la guerre. Toute la connaissance est une machine de guerre. Et la sociologie étudie justement ces luttes entre les hommes, ces micro-guerres qui se déroulent par exemple dans une entreprise ou une institution quelconque. De ce fait, le monde néolibéral qui est en train de se profiler n’est pas prêt de voir cesser les guerres sur la planète. Tant que l’un voudra plus qu’autrui, l’homme sera condamné à combattre son semblable. Et les théories sur l’égalité ne sont que pures chimères, car il y a toujours un combat pour l’inégalité, pour se démarquer de son voisin, comme nous le montre le libéralisme avec ses entreprises à but lucratif. Au début de ce XXIe siècle, rien ne fait plus horreur que d’être « semblable » à son voisin. De démarquer des autres est le but de toute entreprise humaine. Que cela soit dans le sport ou dans les sciences, être différent des autres est l’objectif suprême à atteindre. Et même les individus placés dans une même institution ou dans un même groupe social chercheront tout de même à se démarquer « des autres », ne serait-ce que d’une façon subtile. C’est parce que l’homme n’est pas un clone qu’il fait la guerre sous toutes ses formes. Il ne viendrait jamais à l’esprit à des clones de s’entre-tuer puisqu’ils sont parfaitement égaux. Et encore, il n’est pas certain qu’un clone ne cherche pas à se différencier des autres clones. Cette réponse nous sera peut-être donnée dans les temps futurs, lorsque le clonage aura atteint un haut degré de technicité.

L’immobilisme des structures sociales

La science et la technique ont beau progresser, il n’en demeure pas moins que les structures sociales restent toujours les mêmes. Il y a toujours le binôme groupe/chef. Il faut toujours qu’il y ait un « responsable » dans tout groupe, ce qui signifie donc que le groupe est irresponsable puisqu’il y a un chef responsable ! Et il semble bien impossible de sortir de ce « système ». Ce système pyramidal se perpétue depuis des milliers d’années, et nous ne voyons pas en quoi la société a changé depuis ces temps reculés. Même dans les sociétés dites « primitives » nous retrouvons un chef qui assujettit un groupe. Et le groupe des chefs est à nouveau assujetti à un autre chef placé plus haut hiérarchiquement… Ainsi nous ne sortons pas « de la base et du sommet » malgré les milliers d’années d’évolution de l’être humain. Il semblerait que les animaux dits « sociaux » soient condamnés à un système pyramidal où aucune alternative est possible. Toute notre existence confrontée aux autres est basée sur le concept de pyramide. Nos amis sont par exemple ceux qui sont placés sur la même hauteur de la pyramide. Ainsi Michel Houellebecq écrit dans un de ses romans qu’il ne s’occupe pas des pauvres ni non plus des riches. Situé dans la classe moyenne, sa vie se déroule dans cette strate de la pyramide et il ignore tout le reste de l’édifice social. Situation qui se résume à être anti-sociale, comme l’est par principe le système des classes sociales. Ceci a pour effet d’engendrer des guerres perpétuelles pour pouvoir se positionner à un niveau plus haut de la pyramide.

Le problème est donc de savoir comment constituer une société non-pyramidale et si cela est possible étant donné le désir de différenciation des hommes afin de régner sur un groupe grand ou petit pour en retirer des intérêts financiers ou de prestige.

La vérité sociologique comme désenchantement total du monde social

La sociologie se trouve par exemple aux antipodes de la presse people et même de la grande presse en général. Si la presse cherche à nous vendre du rêve pour manipuler les foules, l’objectif de la sociologie est au contraire de démonter tous les mécanismes qui participent à faire rêver ces foules. Ainsi si le journal dit un « mensonge » tout en disant une « vérité », la sociologie démasque la vérité derrière le mensonge. Mensonge qui est du reste bien souvent collectif et est porté par un groupe social dans ses guerres pour la domination. Tous les préjugés, toutes les rumeurs et toutes les fausses informations de la presse sont écrasés sous le rouleau-compresseur de la sociologie pour faire jaillir la vérité cachée. Ce n’est pas pour rien que la classe dominante rêvait de voir mourir le plus rapidement possible  Pierre Bourdieu. Car ce dernier décortiquait toutes les stratégies cachées aux yeux du peuple. Comme Marx a montré le « travail non payé » dans l’entreprise capitaliste, Pierre Bourdieu a dit tout haut ce que la haute bourgeoisie dit tout bas dans les bureaux hermétiquement fermés. Car non seulement la société sans classes a échoué, mais de plus les fossés entre les classes sociales se creusent de plus en plus. Or ce qui est intéressant de comprendre, c’est par quels processus ces écarts deviennent de plus en plus grands et quelles sont les stratégies symboliques utilisées pour que les individus se résignent à une servitude volontaire.

La sociologie nous montre que tout ce qui semble relever de l’aléatoire et du pur hasard est en fait déterminé par des stratégies sociales. Ainsi, par exemple, se lier d’amitié avec telle ou telle personne n’est pas un acte neutre. Ni le fait de fréquenter telle ou telle institution. Tout cela participe d’une stratégie pour atteindre des objectifs. Marcel Mauss a par exemple montré que tout don n’est pas innocent et provoque une « dette » chez celui qui le reçoit.

Est-il possible de réenchanter le monde après le dévoilement du réel par les sciences sociales ?

Si la science désenchante le monde, elle permet également de le réenchanter par le biais, par exemple, des création artistiques. De plus, les prouesses de la nature sont sources d’émerveillement en nous faisant retrouver notre regard d’enfant face aux merveilles de l’univers dont il est difficile d’en connaître les origines. Les découvertes de la science participent donc en même temps à la vision d’un monde magique malgré les explications provisoires qu’en donnent les scientifiques.

Serge Muscat

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