Création/Littérature/Prose

Marianne Desroziers, Elle lit…

Elle lit. Tôt le matin, juste avant le lever du soleil. Elle allume la petite lampe. Elle ne dérange personne puisqu’elle dort seule. Elle se redresse. Cale deux oreillers dans son dos. Prend son livre en cours sur la table de chevet. L’ouvre avec la même gourmandise qu’elle avait à 7 ans en  lisant « Les malheurs de Sophie » de la Comtesse de Ségur. Le matin, elle lit  des romans ou des nouvelles. En ce moment, elle relit « Orlando » de Virginia Woolf. Elle se délecte de la finesse de l’écriture, de la subtilité des descriptions de sentiments et des pensées des personnages, de l’humour parfois mordant et cruel de l’écrivain britannique.

Elle lit. En fin de journée, juste après le coucher du soleil qu’elle observe par la fenêtre du salon à travers les vitres qu’elle nettoie une fois par semaine avec application, non qu’elle soit une obsédée du ménage mais elle tient à bien voir dehors. Elle s’assoit confortablement dans le fauteuil jaune. Prend le livre posé sur la table basse. Parfois un petit chat noir vient s’assoir sur ses genoux. Elle le laisse faire et le caresse même si ce n’est pas très pratique pour lire. Le soir, elle lit des essais littéraires ou philosophiques, des journaux d’écrivains, plus rarement de la poésie. En ce moment elle alterne entre les « Petits traités » de Pascal Quignard et le « Journal » de Charles Juliet.

Elle aime se synchroniser avec le soleil pour s’adonner à la grande passion de sa vie : la lecture.

Elle aime que les mots du matin soient la première chose que ses yeux effleurent, sa première nourriture : rare, choisie, délicate et goûtue.

Elle aime être consolée, bercée, rassurée par les mots du soir qui adoucissent les petits chagrins et   relativisent ses grandes peines.

Elle est héliaque, effacée derrière les livres, elle ne devient visible que durant ces quelques secondes où elle prend le livre dans ses mains, avant qu’elle n’y plonge toute entière, comme l’étoile se noie dans les lueurs de l’aube. Son esprit et son corps voguant entre les lignes, entre les signes, entre les mots. Remontant à la surface du texte pour reprendre son souffle une seconde entre les blancs typographiques, un peu plus longtemps entre les paragraphes, inspirant et expirant plusieurs fois entre les chapitres.

Que fait-elle entre la lecture du matin et celle du soir ? Elle s’ennuie. Elle attend le moment où elle ouvrira le livre.

Marianne Desroziers

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