Création/Littérature/Poésie

Germain Tramier, Le Phare

En arrivant ce matin
ils nous ont dit de laisser nos sacs
nos jeux,
on partait voir le musée du monde
en chemin nous écrasions les routes fanés
derrière les silences d’arbres
d’autres classes descendaient les montagnes
nous étions tous les enfants du monde
et la terre s’embrumait

nous nous en souvenons :
la lumière était cruelle
elle nous fouillait les yeux, la bouche
mais la vie avait l’air
si vraie, si proche, si froide
et les éperviers étendaient leurs ombres
dans le prolongement des branches
nous pensions les voir rire
c’était des brèches sous leurs yeux

on nous emmena par les châteaux
qu’on trouve loin des hommes
certains bâtis en fil de soie
par les araignées miniatures
d’autres soulevés par les éléphants
et mouvant sur les sables

le dernier nous rendit
les êtres
que nous avions semés
le long des anciennes vies
des noms furent prononcés
sur les murs de lumière
les instants reproduits
par l’ensemble des ombres
elles chuchotaient :
les sommeils, les colères, les jeux
les départs

ils nous ont dit que nos échos
ne tarderaient pas à s’y fixer
et des satisfactions leurs tombaient des yeux

au soir, il a fallu s’avancer sur un lac
les tapirs sommeillaient
ils nous acheminèrent
on avait encore le droit de croire
que ce sont des étoiles

un phare s’est ouvert
saturé d’accidents
ils n’étaient pas bien constants
dans leurs présentations
tantôt deux bras, des ailes, une bosse
un œil, trois nez, des crocs, des lèvres
ils nous ont interdit de nous retourner
ils nous disaient de ne plus songer
au rire des éperviers
aux châteaux loin des hommes
aux tapirs éclatants et dormants

ils nous ont saisit par les cheveux
et se penchant sur nous, et grandissant eux-mêmes :
nous avons été adultes par la taille

on nous disait de regarder devant
et de laisser tomber dans leurs corbeilles
nos mensonges
quand on leur demandait si on ne pouvait pas
en conserver un peu
ils pinçaient les lèvres et nous les enlevaient
c’est allé jusqu’à nos jeux

à la fin on avait peur qu’ils nous prennent la joie
alors on en a glissé dans nos poches
sans rien dire

Germain Tramier

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