Hommages créatifs/Spécial Syrie: Abou Naddara

SPÉCIAL SYRIE – Jacqueline L’Heveder, The Wall

Moi, petit, dans la forêt des grands qui crient. Qui lèvent les bras.

Je regarde, me faufile.

Personne me voit, moi, petit.

Je regarde les femmes qui bougent, elles ont le foulard, ou le décolleté, j’aperçois leurs seins, j’ai pas le droit, moi, petit, je regarde quand même, elles sont toutes belles.

Je regarde les hommes, des jeunes, un cousin là bas, il me voit pas, les autres je connais pas.

Ils chantent dans le micro un truc que je comprends pas, c’est comme zewol, breking zewol, quelque chose comme ça, c’est pas de l’arabe.

Ils ont l’air contents, moi aussi j’ai envie d’être content avec les grands, les hommes, les femmes. Ma mère elle serait peut-être contente elle aussi. Mon père je crois pas, il est traditionnel.

Les gardes m’ont repéré, ils me disent gentiment de partir, je pars.

La rue est vide, sans lumière, sans bruit, sans femmes sans hommes, sans joie, je rentre chez moi.

Moi, petit, j’ai gardé ça dans ma tête, j’en ai parlé aux autres, les copains du quartier, ils ont pas compris quand je leur ai dit breking zewol, et la joie, et les bras des femmes et des hommes qui remuaient, ils m’ont dit c’est péché, moi, petit, je crois pas. C’est dur d’expliquer.

Un jour je serai comme eux, ceux qui chantaient tous ensemble, et même je comprendrai, et même c’est moi qui chanterai dans le micro.

Quand je serai plus grand, moi, petit.

Jacqueline L’Heveder

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