Ahmed Slama, Topologie des clopes

Ahmed Slama, Topologie des clopes, Chapitre 9 : Courriels des lecteurs (1)

… des courriels, nombreux, nous sont parvenus, de vous, lecteurs, vous qui voulez en savoir plus sur les chasseurs nicotiniques et autres quêteurs tabagiques… l’occasion de s’arrêter un instant sur ces courriels (et surtout de combler un chapitre où je ne sais trop quoi raconter, c’est que j’ai pris pas mal de retard dans l’écriture des topologies, vous savez la vie, quotidienne, ces aléas ; douleurs multiples qui nous affligent, meurtrissures, légères, qui, accumulées, finissent de vous saigner, et puis la solitude, aussi, celle des grandes villes ou petites, où l’on se parle pas, rivés que l’on est à nos substituts phalliques, quoi de mieux faire, en ces temps où l’on a plutôt l’occasion d’entendre de nauséabondes divagations en lieu de quelques poésies, ah je ne réclame pas du Francis Jaccottet ou du Philippe Ponge, même pas du Gustave Chevillard ou encore du Eric Flaubert, non, non, non, juste un peu de verbe, un soupçon de verve langagière… alors dépités, on se réfugie sur son canapé (Je me réfugie, vous l’aurez compris) à lire un peu, en ce moment ça va pas fort, j’ai pris mon volume, tout déguenillé, tout vieux, Léon Bloy ; Le Désespéré … et je ne sais pourquoi, je repense à ces femmes, (ah une femme, c’est toujours une femme, que je vous entends glousser, rien ne m’échappe), on va dire quelques femmes, dont j’ai manqué, peut-être, la rencontre et, il y a de cela quelques jours, tandis que mes paupières dissipaient mes rêves agités, un courriel se ficha sur le rectangle de mon téléphone, désormais doué d’intelligence, une certaine Mathilde Rouxel qui demande ; est-ce fini, les topologies, est-ce tout ce que vous pouvez produire pour infusion revue ? ; et moi ces railleries de les entendre résonner en mon esprit, ah, sa voix (dont j’ignore le grain, les intonations) moqueuse, et elle de poursuivre : huit malheureux chapitres sans style, émaillés de fautes ? c’est tout ce que avez pu écrire ? impitoyable Mathilde… Implacable Rouxel… et celui qui se prend pour un auteur, de se rebiffer, oui, je vais lui montrer à la Mathilde ! de quelles lettres je me chauffe ! mais un doute, moi, je ne peux supporter la pression, moi, j’agence mes mots en toute détente, comme un dilettante, et devant le blafard de mon écran, ces phrases, ci-dessus, celles de Mathilde (je ne peux les répéter) de tournoyer, et je l’imagine la Mathilde derrière son écran à elle, guettant dans mes textes la moindre faiblesse, la moindre assonance, alors l’humble agenceur de mot, de se retourner vers ses lecteurs, leurs courriels) et d’y répondre…comme il le peut…

Ahmed Slama

ahmedslama.net

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