Critiques/Théâtre

« Soyez libres, c’est un ordre ! » au théâtre de La Jonquière, Paris

Au début du mois de janvier se jouait au Théâtre de La Jonquière, (88 rue de La Jonquière, 75017 Paris) la première création collective de la compagnie Sillons, « Soyez libre, c’est un ordre », qui se rejouera en mars prochain sur les planches parisiennes.

soyez librees c'est un ordre

Sur la table, au milieu de la scène, trône un château de biscottes. Bien empilées les unes sur les autres, elles forment une construction qui semble stable. Autour, quatre amies discutent. Elles se retrouvent pour l’anniversaire de l’une d’entre elles, après deux ans de séparation.

Une situation banale. Ainsi commence la pièce Soyez libres, c’est un ordre, dernière création de la Compagnie Sillons. D’apparence banale, la situation va vite déraper, un peu à la manière des personnages de Yasmina Réza, dans son œuvre Art. Dans son cas, c’est sur le thème d’un tableau que trois amis se disputent. Ici, les quatre jeunes femmes vont vite révéler leurs dissensions et l’hypocrisie de la scène, sur le fond de questions que nous posons nous-mêmes souvent. Car derrière chaque interrogation, se cachent plusieurs possibles : une réponse toute faite, celle que l’auteur de la question veut entendre et qui arrondit les angles, ou alors, une réponse disant le réel, entrant dans les détails de l’être, mais plus difficile à accepter.

Des questions incessantes. Si les amies restent encore dans la limite du raisonnable, il n’en est pas de même par la suite : une voix off interrompt le tout, procédant à un interrogatoire à la fois kafkaïen et sadique des quatre jeunes femmes. Les mêmes questions reviennent plusieurs fois à certains moments, décontenançant celle qui est alors sous le feu des projecteurs, qui peut répondre jusqu’à l’exact inverse de ce qu’elle a pu dire précédemment. Absurde ? Oui, car le personnage n’est plus capable de donner une réponse vraie ou précise, mais révèle plutôt une sorte d’éclatement de son être. Cette désintégration de l’essence de ces personnages peut rappeler le système utilisé par Beckett dans sa pièce Comédie : car là aussi, ces derniers se retrouvent seuls face au public, tentant de se défendre, de défendre leur vie contre les paroles d’autrui.

Un éclatement total. D’ailleurs, le personnage semble être en permanence sur le fil du rasoir, dépendant de la bienveillance, ou non, des autres à lui accorder un regard. La mise en scène minimaliste et l’absence de prénom rend le « tu », l’apostrophe comme la seule marque d’existence, permettant de plus au spectateur de mieux s’identifier aux êtres qu’il voit s’agiter en tous sens. Il est d’autant plus facile de se plonger dans la pièce que les scènes forment une sorte de puzzle étrange dans lequel celles-ci pourraient se reconfigurer à l’infini. C’est l’écriture de plateau qui permet cette entière liberté de création, ainsi que des variations entre les différentes représentations ayant eu lieu.

La violence va cependant crescendo, impliquant le spectateur au cœur de ces questionnements, dans une catharsis moderne qui incite à se remettre en question et à s’interroger sur le rapport à la liberté et au bonheur.

Eléonore Genest

Compagnie Sillons : cie.sillons@gmail.com / www.facebook.com/compagniesillons / 0607460677

Prochaines représentations : A partir du 10 mars 2016, au théâtre de Ménilmontant, puis au théâtre de l’Opprimé à Paris.

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