Pierre Morens, Une amitié dédaléenne

Pierre Morens, Une amitié dédaléenne, II : Deux labyrinthes.

Venise compose deux labyrinthes : le premier de brique et de mortier, le second liquide ; car l’entrelacs des canaux s’est formé au fur et à mesure que l’homme a édifié ses maisons. Mais, à bien y regarder, seul le premier est réel, le second n’étant qu’apparent, fictif. Quand on examine un plan, on s’aperçoit, en effet, que les chenaux débouchent infailliblement sur  la mer extérieure : en barque, tu ne risques pas, comme à pied, de finir dans une impasse ou une cour intérieure ; ou d’enfiler un porche qui te mène à une dalle moussue battue par l’eau : ici on accoste, explique laconiquement l’anneau d’amarrage à ton pied.

L’élément liquide et les pieux qui le balisent remémorent la genèse de la ville : au début, les eaux, les sables et leur confusion ; puis l’homme s’y réfugia ; il enfonça des pieux, y édifia des tours, distinguant les eaux en celles du dehors et du dedans ;  ordonnait ainsi l’espace selon les verticales parallèles des édifices et les horizontales réticulées des voies ; plus tard se fit, selon des normes comptables, la réunion des langues ; Venise était alors à son sommet : l’Arabe, le Persan, le Chinois, l’Allemand renouaient par leur commerce les brins de la corde rompue par Dieu.

Pierre Morens

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s