Littérature/Prose

Serge Muscat, La Géographie intérieure

Géographies mystérieuses. Toute notre vie se passe en des lieux rêvés. Jamais un seul instant nous habitons l’espace tel qu’il est. Dans notre conscience, la géographie n’est jamais celle dessinée par les géographes. Et pour un même lieu, la géographie perçue est toujours différente au fil du temps qui passe. Ce qui amène à se poser la question : où suis-je ? Car nous ne savons pas réellement où nous sommes. Il y a bien des plans, des cartes et même des GPS pour nous guider et nous dire où nous nous trouvons ; mais cela ne change rien au problème, l’endroit où l’on se trouve nous est étranger ; même après y être passé des milliers de fois. Et plus on repasse par ces mêmes lieux, et moins nous faisons attention aux détails. La capacité d’émerveillement s’émousse au fur et à mesure, jusqu’au point de n’entrevoir que de vagues rues où sont stationnées des voitures toutes semblables dans leur monotone alignement. Peut-être un futur lointain fera que toutes les villes du monde se ressembleront comme une seule et même ville. Cependant la ressemblance de ces villes n’empêchera pas qu’elles nous paraîtrons encore inconnues. Pour la raison simple que nous ne voyons jamais vraiment le réel. Celui-ci est toujours fuyant et insaisissable comme une ligne d’horizon. La seule géographie dont on est certain est la géographie intérieure. Dans la mouvance de notre esprit, nous percevons cependant clairement l’espace intérieur. Cet espace du dedans semble sans fin, comme se déployant à l’infini, tel un réseau de miroirs. Les souvenirs s’y perdent dans un labyrinthe d’impressions et de sensations diffuses. C’est aussi de tout cela qu’est faite la perception directe du réel, lorsque nous marchons quelque part ou que nous nous asseyons à la terrasse d’un café en laissant papillonner notre attention.

La perception n’est jamais une perception brute dénuée de toute expérience passée. La durée se télescope dans un imbroglio indescriptible où se mêlent toutes les composantes de l’esprit. Et une forme de réel prend vie dans la conscience. Même lorsque nous pensons savoir où nous allons, nous sommes en fait perdus. Dès la naissance nous sommes propulsés dans un monde qui nous est inconnu. Plus tard, à l’âge adulte, nous avons beau voyager pour découvrir de nouveaux paysages, la Terre demeure néanmoins un mystère géographique inépuisable qui défie les satellites d’observation. A quoi bon faire des cartes pour nous localiser puisque nous sommes toujours perdus face au monde ? Et si jamais nous levons la tête vers le ciel, nous sommes pris de vertige en nous demandant : « mais que fais-je ici ? »Une question que l’homme se posera partout où il se trouvera, sur la Terre ou ailleurs.

Serge Muscat

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s