Sciences

Les primates et l’apprentissage de la communication

La nécessité de mettre en place des méthodes d’apprentissage de la communication autres que par un langage parlé découle de l’impossibilité physique des primates à s’exprimer par la parole. En effet, sans rentrer dans des détails anatomiques, le larynx est placé trop haut chez les primates pour permettre de nuancer les sons produits et donc d’articuler des mots.

Cela ne suffit pourtant pas à justifier le problème du langage parlé. On constate, chez les enfants en bas âge, que malgré un placement haut du larynx, ils sont capables de prononcer certaines voyelles. Le problème anatomique est ainsi, à considérer en association avec la question de l’incapacité cognitive. Steven Pinker (1994) rappelle que l’Homme ne se place pas sur la branche la plus évoluée de l’arbre et n’est ainsi pas supérieur aux autres primates. Nous serions plutôt des cousins plus ou moins éloignés, le scientifique n’exclue donc pas l’hypothèse qu’une espèce éteinte de primates qui auraient pu maitriser le langage parlé ait potentiellement existé.

Le langage est pour lui un instinct, qu’il compare au tissage d’une toile pour l’araignée. C’est ainsi une spécialisation de l’animal qui lui permet de s’adapter à son environnement, tout comme le langage l’a été pour l’Homme. Ainsi, pour lui, le langage n’est pas propre à l’Homme mais une évolution propice à notre adaptation. Dans cette optique, des chercheurs ont tenté d’enseigner d’autres formes de communication proches de notre langage. Différents types d’expériences ont donc été appliqués afin d’apprendre à différents primates la communication sans production d’un langage articulé phonétiquement.

 

Expériences

La première méthode employée a été l’apprentissage du Langage Américain des Signes (ALS), qui est habituellement enseigné aux sourds-muets. L’enseignement d’un signe consiste en la maitrise de la reproduction d’un geste associé à un référent précis. Un signe peut en outre être associé à plusieurs référents qui appartiennent au même concept, la phrase prendra un sens différent en fonction du contexte. Cela demande des capacités dont peu de primates étudiés ont su faire preuve. Allen et Beatrice Gardner ont notamment utilisé cette méthode avec le chimpanzé Washoe ou le gorille Koko formée par Penny Patterson.

David Premack, professeur de psychologie à l’Université de Pennsylvanie, a quant à lui, créé un système de jetons colorés associés à des symboles qu’il a utilisé auprès de chimpanzés. Ces derniers ont appris la symbolique de ces jetons, qu’ils pouvaient coller à un tableau magnétique afin de formuler ce qu’ils voulaient exprimer.

Enfin, le centre de primatologie de Yerkes a mis au point en 1973, un système informatisé appelé « Yerkish », dans l’unique but d’enseigner ce langage aux chimpanzés. Le système se compose d’un clavier de symboles et lexigrammes auxquels sont associés des mots correspondant à des objets ou notions. Le primate utilise alors ce clavier à l’aide duquel il peut créer des combinaisons pour communiquer  avec son entraîneur.

 

Résultats

La Universal Grammar Theory ou Grammaire Universelle (1968) développée par le linguiste Noam Chomsky, indique que le langage est une capacité inhérente aux humains puisqu’ils sont les uniques primates à posséder l’appareil anatomique nécessaire. Il ajoute que la capacité au niveau neuronal du langage s’est manifestée chez l’humain suite à la séparation évolutionnaire entre les humains et les primates. Ces derniers ne peuvent donc pas, toujours selon Chomsky, apprendre notre langage car cela dépend d’une condition innée qui n’existe pas chez les primates autres que l’humain.

Pinker a été largement influencé dans son travail par Chomsky et adhère à la théorie développée dans la Grammaire Universelle. Il se distancie toutefois de ses propos quant à la nature de la faculté au langage et sur l’impact de l’évolution naturelle sur celle-ci. Il rejoint Chomsky sur l’impossibilité des primates étudiés à maitriser notre langage. Pour ces scientifiques, il est indubitable que ces expériences sont un entrainement qui ne met pas en jeu le langage, ni même une forme de communication. Les primates s’attèlent à presser les bons boutons, pour reproduire des signes afin de satisfaire le maitre mais pas dans une optique de gratification personnelle et d’apprentissage.

On y retrouve l’argumentationd’Herbert Terrace, psychologue qui a lui-même formé un chimpanzé nommé Nim par la méthode du langage des signes. Suite à ses propres expériences et à une étude attentive de celles menées par d’autres, il en a conclu que les primates non-humains n’ont pas accès au langage. Il perçoit ces expériences comme une forme de dressage qui ne fait pas appel à des capacités cognitives liées au langage mais mnémoniques et mimétiques. Ce conditionnement qu’il dénonce, n’amènerait pas à une pédagogie mais à une volonté de répondre à la demande pour être récompensé, ce qui biaise la finalité de l’expérience.

L’instauration ou non d’un contexte conversationnel est un élément central dans les arguments de ce débat, or, l’absence de ce contexte ne permet pas de parler d’une réelle performativité de ces primates. Le bonobo Kanzi était la progéniture de Matata, un bonobo auquel le langage était enseigné et que Kanzi observait lors de ses entrainements. Le cas de Kanzi est intéressant car il a montré une spontanéité et la production de combinaisons faites à son initiative. Terrace nuance cela en expliquant que ces combinaisons étaient produites par mimétisme et lui avaient été montrées auparavant. De plus, Kanzi n’utilisait pas seulement des symboles mais combinait parfois un signe avec un geste ou une intervention orale sans que cela lui ait été enseigné, bien que renforcé et encouragé par la suite.

Il n’y a pas une définition universelle du langage.  Toutefois on retrouve toujours certaines règles, comme la présence de la grammaire et de la syntaxe. Les expériences montrent que les primates sont capables d’apprendre des signes ou symboles et de les utiliser. Ils ne sont toutefois pas capables d’en inventer ou d’en combiner plus de deux, voire trois. De plus, il ne leur est pas possible d’enregistrer la grammaire et d’utiliser la syntaxe. Nous parlerons donc ici de la capacité à communiquer de ces primates et non d’apprentissage du langage en tant qu’intervention orale. Chomsky (1965) affirme que l’apprentissage du langage chez l’Homme est générative. On comprend que le langage chez l’humain est en constante évolution ; les mots ajoutés régulièrement au dictionnaire en sont un bon exemple. Nous sommes, de plus, capables de nous approprier un mot d’une langue étrangère et de l’intégrer dans le vocabulaire de notre propre langue ; c’est-dire de créer un glissement épistémologique.

 

Interprétations et controverses

La critique principale qui ressort des interprétations de ces expériences est l’incapacité de ces primates à inventer leur propre système de signes. Le système qu’ils utilisent leur a été enseigné et n’est extensible que par l’intervention humaine. Les différentes expériences amènent à comprendre que l’utilisation d’un système de symboles par les primates est problématique pour deux raisons. Tout d’abord, la rapide mise en place d’un processus mimétique dans la communication du primate avec le formateur. Un lien émotionnel qui se crée est, en outre, un élément qui fait perdre en objectivité ces expériences. Ce lien permet avec le temps une compréhension qui dépasse le langage qu’il soit vocal ou signé.

Le primate développe une sensibilité à la gestuelle et attitudes propres à chacun, qu’il apprend à reconnaître et interpréter chez son formateur. Il est à noter que cela se retrouve chez toutes les espèces qui établissent un lien. L’utilisation des signes se fait ensuite de façon purement pragmatique : le primate fait des demandes qui s’inscrivent dans une réalité concrète. Parallèlement, il ne fait pratiquement pas d’énonciations déclaratives ou de façon très ponctuelle ; ces déclarations restant très ancrées dans une approche pragmatique.

Par opposition, l’Homme est capable de faire des créations mentales innovantes, qu’il matérialise ensuite dans la réalité, chose dont les primates ne sont pas capables. La métaphore du lit développée par Platon dans La République X, illustre de façon adéquate cette idée de matérialisation d’une création mentale. Il met en exergue le décalage qu’il peut y avoir entre la représentation mentale que l’on se fait d’un concept et sa matérialisation : tout comme il existe un décalage entre la construction d’un lit avec la représentation que l’on s’en fait et le concept même de lit, qui perd à chaque étape un peu de son sens et de son adéquation, le primate qui reproduit un geste dans un procédé mimétique et non pédagogique crée un décalage de sens. Selon Platon, l’imitation doit être associée au logos. Dans le cas contraire, la reproduction mimétique, du geste signé dans le cas des primates, ne sera pas effective. Pour Savage-Rumbaugh, Rumbaugh et Boysen (1980), la visualisation interne précédant l’acte de communication est une part non négligeable du langage. Ils rapprochent ce « processus représentationnel interne » à la « pensée », qui fait l’unicité de l’humain. Selon ces auteurs, les chimpanzés ont un potentiel qui n’a pas encore été complètement exploité, car ils montrent des capacités qui répondent aux critères du langage. Les résultats ne sont toutefois pas encore satisfaisants et définissent essentiellement les limites de leur capacité d’apprentissage du langage.

Ces expériences ne permettent pas de dire que les primates étudiés peuvent maitriser le langage à proprement parlé mais de mieux cibler d’autres capacités sous-jacentes au langage. Les primates étudiés ont notamment fait preuve d’une conscience de l’autre, d’une appréhension et analyse de leur environnement, d’une perception catégorielle. Ces primates font preuve de ces mêmes capacités en contexte de communication avec leur groupe en milieu naturel. Par exemple, l’avertissement d’un danger est possible par différents cris en fonction du danger – un serpent, un léopard ou un aigle. Ainsi les bébés apprennent à différencier les dangers et à les associer aux cris adéquats, ce qui peut prendre deux ans (Boysson-Bardies, 2003: 173).

En outre, il y a une différence à faire entre le discours et la communication. Les primates ne sont pas, à ce jour, capables de discourir, c’est-à-dire de s’exprimer à l’aide d’une construction normée et réglée par une syntaxe, une grammaire et autres éléments du langage expliqués par les linguistes. Ils sont cependant capables de communiquer des émotions, une intentionnalité ou des requêtes.

Au-delà du travail sur l’apprentissage du langage, les primates étudiés ont démontré une capacité de compréhension de ce qui leur est dit ; élément essentiel dans la communication bien que pas suffisant. La compréhension de la complexité morphosyntaxique des phrases par les primates est largement discutable, toutefois, ils semblent comprendre les demandes qui leur sont faites, si l’on ne considère pas comme Herbert Terrace que cela est dû à un processus mimétique et d’habitude. Or, pour certains, la compréhension précède la production du langage[1], ce qui est encourageant quant aux capacités des primates à maitriser ce langage.

L’intentionnalité et une visualisation précédant une quelconque intervention sont des critères sous-jacents au langage, ils ne sont toutefois pas suffisants. La maîtrise d’une forme de communication ne permet de s’exprimer que de façon limitée. Le développement d’une pensée abstraite n’est possible que par une langue organisée, qui permet la formation de combinaisons, la création de nouveaux mots ; une langue telle que le langage des signes. Le langage est un outil qui permet de formuler la pensée et donc d’aller plus loin dans un discours. Bénédicte Boysson-Bardies (2003: 183) apporte un parallèle intéressant à ce sujet, avec des personnes qui auraient développé la pensée sans la transmettre par le langage mais par l’utilisation d’un langage différent ou qui auraient attendu de maitriser les règles du langage pour l’utiliser.

 

Pédagogie et imitation

Le processus d’enseignement est lui aussi discuté, en tenant compte des intentions du formateur et des intentions supposées de l’animal en question. Tout ne s’explique pas non plus par une incapacité cognitive. Certaines situations amènent à se questionner sur le manque d’intérêt de l’animal à transmettre à sa progéniture l’enseignement qu’il a reçu, voire même à s’approprier la pédagogie dans son propre intérêt pour ensuite l’appliquer à un enseignement différent, tel que la pêche qui profiterait également à sa progéniture. Cela permettrait d’affirmer que la réactivité de ces primates n’est pas seulement de l’imitation mais un intérêt plus profond. Or, on constate qu’à l’état sauvage, les chimpanzés n’ont pas d’intérêt pour cette forme de pédagogie, les jeunes se forment seuls. Kanzi a appris une gamme de signes par sa mère, en l’observant, sans toutefois en créer d’autres. On peut donc certainement mettre cela sur le compte de la curiosité due à son jeune âge et une volonté d’imiter sa mère plus qu’une volonté d’apprendre à communiquer.

Comme le rappelle Premack, un signe est associé intrinsèquement à un référent et de ce fait est exact ou inexact. Or, la capacité de reproduire un signe adéquatement en contexte démontre d’une pédagogie en amont. Si toutefois, un geste est reproduit sans référent, il n’est ni faux ni vrai mais ne peut être associé à un sens que par interprétation. L’entraîneur corrige alors ponctuellement l’erreur, montre l’association correcte du signe à son référent et passe au-dessus de cette inexactitude qui pourrait pourtant être exploitée. Dans ce cas, on peut parler d’imitation et non de pédagogie.

L’analogie entre l’apprentissage du langage par des primates et l’acquisition par les enfants est le sujet d’un débat qui semble inépuisable (Gardner et Gardner 1975 ; Nelson, 1987). De nombreux auteurs restent toutefois sceptiques. Cette analogie reste peu convaincante pour plusieurs raisons.

L’apprentissage chez les primates est beaucoup plus lent que chez les enfants et il est essentiellement utilisé pour des requêtes. De plus, comme mentionné précédemment, les primates ont un nombre de combinaisons limité. Au contraire, l’enfant est en apprentissage constant, l’accumulation de mots dans le vocabulaire est progressif et permet un perfectionnement de sa capacité à communiquer.

Le philosophe Jean-Marie Schaeffer questionne l’apprentissage par l’imitation qui est lié pour lui à la fonction cognitive. Il justifie ce lien par le fait que l’imitation consiste en une reproduction mentale et permet une forme d’apprentissage. Ce type d’apprentissage limite selon lui, « l’essai-erreur » dans l’appropriation d’un savoir-faire et évite de « nous habituer à des situations dysphoriques » (Schaeffer, 1999). Lors de ces expériences, le primate est mis dans un contexte conversationnel qui est en réalité très limité, voire inexistant selon les interprétations. De plus, il y a des attentes de la part du formateur et si le primate ne répond pas à la demande, la notion d’échec est mise en jeu, notion que le primate en question est capable de percevoir ; bien qu’il n’y ait pas de sanction réelle en cas d’échec. Tout comme le chimpanzé qui apprend à casser des noix en observant sa mère ou à se battre en jouant, sans que sa mère se préoccupe de lui, cela est bénéfique pour lui mais par l’absence de pédagogie, il ne sera lui-même pas capable de transmettre cet héritage. Il n’y a toutefois de cette manière, pas de notion d’erreur ou d’échec dans son apprentissage. Au contraire, le primate étudié est mis en situation de possible échec, ce qui influe sur son efficacité et sa perception de l’exercice et peut amener à un autre niveau d’imitation, la feintise. Le problème majeur reste que l’imitation permet un apprentissage personnel mais ne donne pas la capacité de transmettre ce patrimoine et ainsi, ne correspond pas aux critères d’une forme de  pédagogie.

 

Conclusion

L’expérience montre que la communication est possible dans une certaine limite, mais une contextualisation de l’analyse de ces résultats semble nécessaire. Il faut le rappeler, ces expériences ont commencé dès le milieu du XXe siècle pour progressivement prendre de l’importance ces trente dernières années. Ce qui nous apparaît donc être des résultats peu probants aujourd’hui, étaient significatifs à l’époque et ont apporté aussi bien des réponses que de nouveaux questionnements. Ces expériences ont permis de passer d’une absence de communication à des échanges brefs, qui requièrent une forme d’interprétation mais qui  restent une forme de succès. Les primates non humains ne sont, à ce jour, pas capables d’enregistrer la grammaire et de produire une syntaxe et donc un langage à proprement parlé. Ils ne sont, en outre, pas capables d’utiliser notre langage pour des raisons anatomiques évoquées précédemment. Les expériences nous apprennent toutefois que les primates ont des intentions et sont capables de les exprimer lorsqu’un système de signes adéquat leur a été enseigné. Dans le cadre d’un système adéquat, celui-ci reste toutefois limité du fait de la capacité des primates à n’utiliser que des combinaisons basiques.

On comprend que les débats sont chargés en affects et que les interprétations des formateurs sont à prendre avec beaucoup de recul. De plus, le débat fait appel à des connaissances dans des domaines, qui se croisent, mais toutefois bien distincts. C’est un débat compliqué à appréhender en tant que néophyte. Ainsi, un approfondissement de ces différents domaines est nécessaire pour une compréhension de tous les termes utilisés et de leur sens en contexte. Bien qu’à ce jour les expériences n’aient pas été pleinement satisfaisantes et ne permettent donc pas d’affirmer si les primates pourront un jour communiquer avec notre langage, ces recherches ont permis de mieux cibler les capacités de ces primates et d’affiner les caractéristiques du langage humain. Enfin, cela a amené des chercheurs à étudier les capacités cognitives associées au langage et non plus à chercher des moyens de dialoguer directement avec les primates étudiés.[2]

Manon Gorecki

BOYSSON-BARDIES, Bénédicte, Le langage, qu’est-ce que c’est ?, Odile Jacob, coll. « Psychologie », 2003.

CHOMSKY, Noam, Le langage et la pensée, Payot, coll. « Essais », 1968.

DONALD, Merlin, Les origines de l’esprit moderne: Trois étapes dans l’évolution de la culture et           de la cognition, De Boeck, coll. « Neurosciences et cognition », 1999.

PINKER, Steven, The Language Instinct : How the mind creates language, Harper Perennial     Modern Classics, 2007 [1994].

PREMACK, David et Ann James, Le bébé, le singe et l’homme, Odile Jacob, 2003.

SCHAEFFER, Jean-Marie, Pourquoi la fiction ?, Seuil, coll. « Poétique », 1999.

WESTEN, Drew, Psychologie : pensée, cerveau et culture, De Boeck, coll. « Ouvertures            Psychologiques », 2000.

[1]    La dyslexie en est un exemple. Il y a compréhension, mais la connexion avec la partie du cerveau qui produit le langage ne se fait pas correctement.

[2]    Les travaux de l’équipe de Tetsuro Matsuzawa au Primate Research Institute d’Inuyama (Université de Kyoto)

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