Genre

Le féminisme, pour quoi faire?

« Gesellschaft macht Geschlecht » - affiche d’un syndicat étudiant allemand (Asta) : la société crée le genre.

« Gesellschaft macht Geschlecht » – affiche d’un syndicat étudiant allemand (Asta) : la société crée le genre.

Longtemps, tenir le discours que l’égalité homme/femmes est primordiale mais que ça ne rime pas avec féminisme. Longtemps, la peur du concept, du trop-plein de sens que cela portait. Être femme et mépriser, presque, ce mot trop lourd de sens. Trop longtemps, donc, je me suis fait avoir par les représentations douteuses d’une féministe mangeuse d’hommes, agressive et bornée.

Il y a eu les Femen, qui, je dois le dire, sont championnes dans ce domaine. Leur financement louche, leurs insultes quand on leur donne un espace de paroles alors qu’elles viennent de bousculer une strip-teaseuse dans un salon de l’érotisme à Paris. Ce geste peu relayé qui fait apparaître un sourire cynique sur mon visage : n’ont aucune légitimité parce qu’elles ne respectent pas TOUTES les femmes. Pire encore : elles ne respectent rien. C’est un problème, un féminisme qui hiérarchise ce que doit être la femme. Parce que le féminisme, ce n’est pas un guide de bonne conduite, c’est le rappel de la loi existante et de la loi à venir. C’est le fait de se sentir être dans la rue et ne pas être menacée par son genre, son identité.

Répéter autant de fois que nécessaire qu’aucune personne ne doit être prédisposée à une case. J’entends déjà l’arme de la fatalité : « oui mais dans la vraie vie…» DU BALAI. Du balai les impasses et autres culs-de-sac intellectuels et socio-politiques. Je refuse le désespoir parce que je n’y crois plus. Une femme n’est pas soumise au patriarcat parce qu’elle désire être maman ou qu’elle est femme au foyer. Cela se saurait s’il y avait des règles en la matière. Les cases, c’est l’histoire lourde de la nature humaine qui a ce besoin irrépressible de dominer autrui. La société a exacerbé cette tendance : l’humiliation étant le nec plus ultra des relations humaines. C’est là que le féminisme entre en jeu. Parce que les femmes, avouons-le sont quand même bonnes joueuses question oppression. Les violences, viols et autres inégalités salariales. Malgré la loi. Ce n’est plus tolérable et ça ne l’a d’ailleurs jamais été.

Trop longtemps, donc, je me suis laissé porter par ma propre oppression en l’ignorant, en la minimisant. Chanceuse aussi, de ne pas avoir eu à m’y confronter. Personne ne m’a mis entre les mains un spray au poivre en me murmurant, l’air grave « sois prudente » ou « ne rentre pas seule ». J’ai beaucoup marché la nuit en profitant de son silence et de son calme. Je n’ai pas eu à me méfier, à me crisper à chaque coin de rue. C’est venu plus tard dans les angoisses des autres. Les autres qui insinuent que le viol est à deux pas de chez toi, que quand même, on ne sait pas ce qu’il peut arriver. Leur rire au nez, leur rappeler qu’on n’est pas obligées de vivre dans la peur, qu’on n’est pas en sucre. Cette peur qui fige et crispe. Et au fur-et-à-mesure, ne plus faire la maligne dans les rues. Se rappeler de sueurs froides quand on voit une ombre le soir. S’en vouloir ensuite quand l’ombre en question lance un bonsoir neutre, non insistant. S’en vouloir de devenir peureuse et méfiante et d’être une cible parfaite.

Je ne peux plus dire que je n’ai jamais été agressée. Les autres avaient donc raison ! Non. Ce n’était pas la nuit, c’était au milieu du monde. Certains pourraient même dire qu’au fond j’ai bien dû le chercher à force de l’ouvrir. Une femme, ça ne l’ouvre pas, un peu de bienséance nom de Dieu ! J’ai crié plus fort, toujours. Mon attitude offensive m’a jusqu’ici épargnée. Ma peur est devenue mon arme d’indignation. Et je pense à celles et ceux qui ne peuvent pas crier, qui ne veulent pas bousculer le monde parce qu’on les a convaincu(e)s qu’élever la voix, ce n’était pas pour eux, en plus d’être impoli. Je pense à ces femmes qu’on méprise pour un vêtement en trop ou en moins, ces hommes qui ne remplissent pas les codes de virilité et ces transgenres qui subissent les regards tranchants de ceux qui feraient bien de balayer devant leurs portes.

Y’aurait-il des règles nous sommant d’exister exclusivement selon notre genre ? On me chuchote que c’est Dieu qui le veut. Ca bourdonne dans mon oreille. Ce serait une question de nature. Qu’on convoque les hippocampes, les escargots et autres limaces je vous prie. Des extravagances de la nature ? Eh bien soit. Le féminisme est nécessaire pour élever cette extravagance. L’extravagance de la nature qui n’a que faire des pressions sociales liberticides.

Je suis devenue féministe et c’est comme l’optimisme, c’est par nécessité.

Justine Dauphin

 

 

 

 

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