Événements/Expositions

EXPOSITION : L’enfer, c’est les autres, du 28 août au 1e septembre à Noyers-Pont Maugis.

« L’enfer, c’est les autres » ; cette injonction désespérée renvoie, dans la philosophie de Sartre, à l’idée qu’autrui est un miroir de notre individualité : si j’entretiens de mauvais rapports humains avec mon voisin, celui-ci me renvoie une image négative de moi-même, puisqu’il me mésestime. L’autre apparait donc comme un miroir déformant de moi-même. Demeurant dépendant du regard des autres pour me sentir exister, si le reflet qu’ils me présentent est hideux, ils deviennent pour moi l’enfer.

« L’enfer, c’est les autres » parce qu’ils me sont donc indispensables, mais qu’ils me font parfois du mal. La question du Même et de l’Autre, de la peur de l’inconnu ou du différent peut néanmoins se vivre et se comprendre sans penser à Sartre ; l’angoisse née de l’incapacité de connaitre l’autre et de savoir ce qu’il pense et ce qu’il ressent se projette dans le cauchemar, dans la recherche d’affirmation de notre liberté. Mais l’autre, c’est aussi moi-même ; qui peut affirmer qu’il se connaisse vraiment, à quoi sont dus les regrets et les problèmes de confiance si nous savons qui nous sommes ?

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Le thème de l’altérité peut être abordé de manière assez frontale, bien qu’il offre une multiplicité d’approches subjectives intéressante et  enrichissante ; confrontées entre elles, les œuvres issues d’horizons très différents gagnent ainsi en ouverture et en significations.

Peintures, sculptures, collages, photographies, vidéo sont autant de moyens d’exorciser cette angoisse inhérente à chacun, qui fait de l’autre un étranger dont je ne peux pourtant me passer.

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Les artistes présentés dans cette exposition ont su répondre, ensemble, à cette problématique philosophique. En ouverture de l’exposition, Martine Lavot, avec Vous et moi questionne notre ressenti face à l’image de nous-mêmes que nous renvoie les autres. Selon elle, celle-ci « n’est pas toujours à la hauteur de nos conviction ou de nos impressions et même peut ne pas correspondre à notre réalité propre et s’accompagner alors de souffrances. Elle est pourtant la valeur sûre de notre existence et la seule façon de se vivre soi-même et de partager et progresser en l’acceptant. Cette image est d’ailleurs multiple et nous offre toute la diversité nécessaire à l’équilibre de la destinée humaine. »

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Tout autour de cette toile se déploient les photographies de Thibaut Schenkel, qui, abordant le paysage urbain depuis la vitre d’un bus, nous montre la manière dont notre vision du monde extérieur peut être tronquée. Sa série Songe d’un jour propose un espace déformé, où l’Autre qui nous, caché mais toujours présent, est toujours là pour remettre en cause la vérité de notre regard. Seul dans la ville, et devant faire face à la présence d’une multitude d’altérités, Thibaut Schenkel cherche à prouver qu’il arrive à chacun de perdre pied ; la présence de couleurs, translucides mais saturées, travaillent avec ce malaise au même titre que les compositions vertigineuses qui habitent le cadre de ses photographies.

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Derrière ces photographies est diffusée une vidéo-performance intitulée Don du sang (ou « Renaissance ») réalisée par Angélique Bègue. Cette artiste plasticienne, scénariste et actrice du film présenté, a vécu la douleur de perdre sa sœur jumelle lors de son adolescence. Par  cette performance au cours de laquelle elle nous laisse voir l’opération d’une transfusion sanguine, elle met en scène la renaissance de sa sœur, renouant par là avec les mythes qui évoquent la descente des héros dans le monde des morts, ou la résurrection. Pygmalion d’un nouveau type, Angélique Bègue, grâce à la technique du moulage de l’artiste Xavier Hubler, saura-t-elle faire revenir parmi nous celle qui lui manque à jamais ?

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Le parcours dicté par la scénographie amène ensuite à découvrir la série photographique de Jocelin Wolff, Chimères. Saisissant l’autre comme le monstre caché de nous-mêmes, l’artiste se questionne : de quel côté naît l’inquisition que l’on perçoit dans le regard que l’autre porte sur nous ?

« Autres, démons qui nous taraudent ? « Là, ils m’espionnent ! Je les vois, ces chimères ; là ! Rechercher la moindre erreur, la moindre imperfection dans ma personnalité, sur mon corps affreux, dans mes gestes incertains. La tête baissée, je perçois leurs yeux affutés me dévorer comme une proie facile, une bête curieuse et savoureuse. Ils me passent au crible de leur jugement, me décortiquent. Je sens ma cage thoracique s’écraser contre mon cœur. Je sens l’angoisse « de ne savoir qui je suis, ce que je vaux, au fond de leurs pensées » rouiller mes os et nouer mes entrailles. Ma mâchoire se crispe, contracte mon visage et enflamment mes gencives comme au jour de mes premières dents. La peur du défaut psycho-physique chauffe mes muscles et mes tendons qui se raidissent. Le poison s’étend. En quelques lieux de mon corps, des nerfs palpitent avec frénésie, là, là, ici… puis là. Sans même le percevoir, je retiens mon souffle, tel un plongeon sous apnée. La foule me noie sous ces impressions qui sont en réalité, les miennes. » L’enfer, c’est avant tout soi-même. »

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A côté, et face à ces photos, s’élèvent les hautes peintures de Georges Thiéry. Les pièces présentées pour cette exposition mettent en scène groupes de personnes avec des lignes de scission marquées sur des fonds colorés. La place d’un personnage central détermine sa position au sein du groupe. Ces peintures ont été réalisées au début des années 2000. Un texte a été écrit sur le thème et pour l’exposition.

« Je peins de façon spontanée et autodidacte. Mes peintures sont le fruit de pulsions et le fait de ne pas avoir appris à peindre m’a permis de façonner un univers singulier et libéré des contraintes formelles.

D’une façon générale, ce travail est centré sur la figure humaine liée à contexte pouvant être végétal ou animal ou encore à des atmosphères liées à la couleur. Cette dernière occupe une place prépondérante au sein de mon travail. Le code des couleurs que j’adopte prône le bleu comme couleur de la spiritualité et jaune comme celui de la matérialité. En revanche, le vert dans mon travail n’est pas symbole de passivité mais de vie, une vie qui trouverait son équilibre entre le céleste et le concret.

Le rouge quant à lui, est lié au sentiment d’angoisse.

Le blanc agit comme atténuation et nuance quand le noir souligne et accentue le sentiment.

Les équilibres au sien de ma peinture se jouent de façon impérieuse et sont autant de tentatives de conciliation que de rejet. La figure humaine se trouve au centre et reçoit les poussées contradictoires du monde.

Dans les peintures de groupe, ce sont les regards qui prévalent, les associations de groupes et les scissions.

Il existe aussi, au sein de mon œuvre, des peintures abstraites. Elles sont encore une recherche d’équilibre des formes mais surtout des couleurs ».

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Il n’est pas cependant nécessaire de figurer l’autre pour s’interroger sur son influence. Jake Hyde, dans une série de toiles abstraites et de sculpture, travaille sur la possibilité de se libérer du regard d’autrui.

Un petit espace est finalement consacré à d’autres médias. Un court-métrage, Petite scène d’amour, y est diffusé. Il s’agit de la première réalisation de Brice Juanico, dans laquelle il questionne l’idée du couple, dans l’idée d’une symbiose possible avec autrui. Travaillant sur le flou à l’image, il traduit cette recherche du net dans un environnement flou qui traduit souvent les relations amoureuses et humaines. Les deux personnages restent toujours à distance, leur contact ne pouvant être que violent ; ils se toucheront finalement, mais sans s’entendre vraiment.

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Sur la même table, trois carnets de Georges Thiéry ainsi qu’une petite toile figurant son portrait, sont laissées aux mains des visiteurs. Ils y trouveront des sentiments intimes, des poèmes mêlés de dessins, des choses qui expriment la subjectivité de l’artistes mais qu’il n’a jamais publiées. Cette immersion dans l’univers d’un tel artiste a ceci de bouleversant qu’il parle à chacun d’entre nous.

Juste au-dessus de ces carnets sont exposés deux dessins du même artiste, Opinion = raison des cons et Sexual addiction with absolut no feelings nous plongent d’autant plus dans l’état d’esprit du créateur, qui questionne toujours dans son œuvre la légitimité de sa place auprès d’autrui.

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Pour accompagner cette série de travaux et pour illustrer leur place dans l’exposition, Georges Thiéry a composé un poème, présenté dans le même cadre, au côté de celui de deux autres auteurs, Vincent de Lavenne et Tristan Heili. Trois autres manières de questionner son rapport aux autres, à travers les sentiments, les émotions, ou, comme le propose Vincent de Lavenne, la question du langage et de la communication.

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Pour finir, l’exposition se ferme sur la présentation d’une œuvre d’un type différent : quatre planches de bande dessinée proposées par Lucas Taïeb. Intitulé La honte, cet ensemble à caractère autobiographique questionne avec humour la légitimité des jugements que porte autrui sur nos faits et gestes.

« J’ai tout le temps honte de moi qui suis Lucas Taïeb et j’ai l’impression que ce sont les autres qui me soufflent cette honte (que j’exprime d’ailleurs souvent en soufflant mais aussi en m’insultant). Du coup je leur en veux et je m’en veux mais c’est pas grave, j’essaie de sublimer ça. « Ça », en général, c’est ce genre de formes que vous voyez. C’est ma manière de représenter ce qui sort de ma bouche et qui est beaucoup trop galvaudé (les soupirs et les insultes dont je parlais dans la parenthèse précédente). Je crois à l’art comme sublimation sinon c’est pas la peine. Y’a d’autres choses à faire dans la vie, comme se poser dans un champ ou regarder les animaux. Crois-je vraiment à ma honte ? Simple réaction de défense ? Crois-je vraiment à l’art ? Simple réflexe de repli ? C’est vous qui voyez ».

Présentée du 28 août au 1e septembre dans la salle Albert Duranton de Noyers-Pont Maugis, cette exposition a bénéficié de la générosité et du soutien de nombreuses personnes, tant au niveau logistique qu’artistique.

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En effet, au-delà de ces projections esthétiques objectivées dans des objets fabriqués et exposés, ce thème appelle à une approche vivante et directe de l’expression de cet enfer, qui a été travaillée grâce à la générosité de Sylvette Pierre et Gisèle Masse, auteure et actrice de théâtre. En proposant un sketch sur la question de l’évolution du regard porté aux SDF, autrefois présents et détenteurs d’une place particulière dans la société, aujourd’hui oubliés et méprisés de tous, ces deux artistes ont ouvert une dimension supplémentaire de la problématique proposée par l’exposition. Communiquer devant l’autre l’angoisse qu’il provoque est une expérience qui mérite d’être amenée au-devant de la scène : écouter les impressions subjectives de cet autre qu’on ne parvient pas à comprendre ni à connaître permet une communicabilité apaisante entre les hommes, en tant que cette expression vivante de cet enfer permet à chacun qui l’écoute de constater qu’il n’est pas seul à l’avoir vécu, à le vivre. L’attention portée par le public lors de la représentation de ce sketch, à la fois drôle et criant de vérité, prouve ce besoin de connaître l’autre et de le comprendre mieux en écoutant ce qu’il a à nous dire.

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L’association Court Sur Pattes remercie la municipalité de Noyers-Pont Maugis, Thierry Collinet, Martine Viard, et tous nos artistes, sans lesquels cette exposition n’aurait jamais pu voir le jour.

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Quelques retours sur l’exposition…

« Que de travail réussi face à ce thème très complexe. Dur. Peur de sortir d’ici. Soulagé d’être humain. Félicitations ». Thierry

« Très belle expo qui touche par son originalité et sa profondeur. Bravo aux artistes qui se sont impliqués dans ce beau travail et bravo aux organisatrices qui ont su fédérer différentes sortes d’art sur ce projet intéressant de l’impact des autres sur le soi ». Sylvette

« Devant la qualité de cette expo, on ne peut qu’être enrichi. Ce thème : L’enfer c’est les autres est d’actualité et le restera tant qu’il y aura des HOMMES. Puisse l’HOMME s’émanciper de ses rancœurs, de ses peurs pour non plus faire de sa vie un ENFER mais plutôt un PARADIS. » Gisèle

« Il est assez rare de voir la culture, la poésie, le dessin, la philosophie se côtoyer avec autant d’élégance… Bravo pour votre implication et merci d’apporter la beauté auprès de chacun d’entre nous. Félicitations » Karine

« Les œuvres présentes dans l’exposition sont impressionnantes, tout comme le travail des organisatrices pour la réaliser. Il faut rechercher la liberté des yeux et de l’esprit pour entrer dans le monde où philosophie et peinture aiment se confondre. Bonne expérience à vivre ! » Carl

« Aussi étrange que fantastique, on peut se retrouver dans ces œuvres. L’explication, l’interrogation et la discussion permet d’ouvrir les esprits » Max

« Cette exposition, au lieu de nous transporter vers le rêve et l’imagination, nous ramène à la dure réalité, la futilité de la vie. Et ceci est fait de façon sublime ». Clément

« On retrouve finalement à travers le regard de ces artistes la peur propre à notre inconscient, celle du regard des autres… » Damien

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