Lucas Taïeb est énervé

Interview : Lucas Taïeb – Partie 4

Lucas Taïeb et l’Art.

MR : Est-ce que tu pourrais me donner ta définition de l’Art ? C’est un problème qui revient souvent dans tes planches…

LT : Oui, c’est vrai. En fait, comme j’ai toujours du mal à définir ce que je fais, de l’écriture, du dessin, de la bande dessinée, du rien du tout… Mais depuis le lycée en fait, avec mon meilleur ami, qui est très important d’ailleurs, je tiens à le dire, je dis pas son nom pour garder son anonymat, mais voilà, c’était la personne pour qui je faisais des trucs au lycée et sa présence a vraiment été très importante, et voilà, comme on s’influençait beaucoup mutuellement et que lui aussi a commencé à faire des choses un peu dans ce genre-là à cette époque-là, on disait qu’on faisait de l’art, parce que voilà, il faut bien utiliser un mot à un moment. Moi j’ai toujours pensé que l’art c’était d’une manière très générale une large pratique avec le monde, que ce n’était pas forcément de dire… enfin ce n’est ni positif ni négatif, il peut y avoir du mauvais art… quand on dit « art », maintenant ça fait tout de suite très prétentieux, quand on dit de quelqu’un que c’est un artiste…

MR : Ah non, mais ce n’était pas une critique latente !

LT : Non non, d’accord…

MR : C’est juste que dans tes planches tu apportes une conception très différente, on se demande ce que tu attends de l’art, pour toi…

LT : Ouais ouais. Ouais c’est vrai. Ouais d’accord, moi je l’avais plus vu du point de vue… Ouais mais ouais. Tu veux dire en fait… Ce que j’attends de l’art mais plutôt de manière absolue. Bonne question. Je sais pas en fait. Enfin ça va rejoindre un peu la première question, je vais répondre un peu la même chose, que c’est à la fois à la base quelque chose qui vient toujours d’un besoin personnel, d’une insatisfaction au monde. S’il faut définir un artiste, je pense que c’est forcément quelqu’un qui est insatisfait du monde…

MR : Oui, qui règle ses comptes…

LT : Oui voilà, il lui manque quelque chose, quoi, sinon je pense qu’il y a un problème, quoi, s’il est content… Mais d’ailleurs, c’est pour ça, sûrement, qu’avec le succès, l’aisance financière, ils deviennent moins intéressants parce qu’ils sont moins insatisfaits du monde, et on les comprend, ils ont tout… Mais voilà, je pense qu’il faut forcément être insatisfait ou quoi que ce soit, même si ça doit pas être forcément une agonie terrible, mais une insatisfaction. Après, c’est vrai que la question de pourquoi le montrer ou pas le montrer ? J’ai pas encore répondu à ça ; avant c’était très simple, au lycée, c’était un échange avec mon meilleur ami, mais il n’y avait pas de … Enfin c’était clairement motivé, je voulais plaire à tel auteur, à tel éditeur, j’étais vraiment dans ma période idolâtre, fallait vraiment que je fasse un tas de choses, tout ça. Maintenant que je suis sorti de ces deux phases, c’est un peu plus dur, c’est vrai, et c’est vraiment les circonstances… J’ai besoin des fois …. Ça me permet de mettre en œuvre des choses. Je pourrais faire un nombre de pages incalculable, mais elles ne seraient pas dans un ordre défini et souvent c’est pour ça aussi que je fais tant de blogs, c’est que bon, c’est assez précis internet, il suffit de scanner et c’est rangé, tes pages sont classées par archives, qui permettent de les revoir, c’est simple à faire et des gens pourront les voir, réagir, rencontrer des gens – comme toi par exemple ! – des choses un peu inattendues. Et comme je ne suis pas non plus un ermite même si je ne suis pas hyper sociable, je ne suis pas misanthrope, j’aime dialoguer avec les gens donc si en plus ça peut me permettre de rencontrer des gens qui apprécient bien ce que je fais, pourquoi pas. Mais c’est vrai qu’il faut sélectionner. Mais c’est vrai que peut-être un jour pour un projet je pourrais très bien ne pas le montrer. J’ai l’impression que… ça dépend, il faut savoir sélectionner ce qu’il faut montrer ou pas. Après c’est peut-être un peu extrémiste mais c’est un discours, ça reste de l’art, de l’art que personne ne verra jamais ; c’est le problème : on est les seuls à juger que c’est de l’art mais après c’est quelque chose qui est au-delà du journal intime, de la psychanalyse, du monologue. Après ça me parait ingrat de dire que parce que personne ne le voit ce n’est pas de l’art.

Propos recueillis par Mathilde Rouxel.

A suivre : Partie 5

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