Pierre Thonert, L'homme qui cachait sa chaussure en diamant.

Pierre Thonert, Chapitre 3 : La potentialité du légume.

Fainéants que nous sommes, nous avions (ne niez pas votre responsabilité dans cette affaire, voulez-vous ?) laissé notre dernier personnage dans la forêt. Et là, je me détache totalement de ça, pour vous dire que vous êtes très violemment inconsidérés. Elle vient tout de même de survivre à un accident d’avion, est probablement blessée, et vous l’avez laissée dans la jungle ? Vous aurez vite fait de me dire que c’est totalement de ma faute, simplement parce que je suis l’auteur de ce drame inconvenant. Eh bien je ne vous crois pas. Je ne fais qu’écrire, c’est vous qui donnez vie à cette histoire en la lisant. A n’importe quel moment, vous pouvez arrêter cette lecture, et finir cette histoire. Vous pourriez choisir un moment ou le personnage est heureux et trouver une autre occupation pour votre esprit, comme le dessin industriel ou la danse auvergnate traditionnelle. Véritablement, c’est par la faute de votre curiosité malsaine  si tous ces malheurs tombent sur mes pauvres personnages. Alors prenez bien votre tête entre deux mains avant de lire les lignes qui suivent, parce que vous vous apprêtez à faire un pari. Vous pariez que tout va revenir dans l’ordre, ou au moins vous apporter de la beauté, une leçon philosophique, un brin de rigolade, ou je-ne-sais-quoi. Mais bon, on commence à se connaître, non ? Vous pouvez donc vous douter qu’il peut très bien y avoir, dans les dix prochaines pages, des rebondissements insensés et stupides, tous les personnages qui disparaissent et ensuite reviennent pour faire une course de 4×4 afin de gagner la coupe Intermondes et 2 tuiles en ardoise. Est-ce que cela vaut votre temps précieux ?

Car oui, votre temps est précieux, c’est l’aquarelle de l’auteur. Je vais me permettre de ne pas m’étendre sur cette métaphore pour revenir au sujet.

Donc notre héroïne n’était plus dans la forêt (est-ce que c’est vraiment surprenant, étant donné le temps que vous avez passé à l’ignorer pendant qu’elle y était ?), mais dans un village qui l’avoisinait. Les choses y étaient tellement normales que la pauvre tremblait en attendant un nouveau caprice du destin. Des enfants traçaient des cercles dans le sol avec des bâtons, puis dansaient autour et sautaient dedans sous les regards amusés des parents qui étaient occupés à développer une philosophie expérimentale qui tournait autour de trois axes : la solitude de l’individu au sein d’un groupe, le déclencheur de la conscience consciente d’elle-même, et la morale dans l’expérience enfantine. Ca ne ressemblait pas à ce qu’elle connaissait, bien qu’elle fût remarquablement érudite. Les gens du village l’accueillirent avec chaleur et compréhension, même s’ils lui firent comprendre que la présence d’un auteur les dérangeait, particulièrement celui-ci qui semblait rendre absurde le monde qu’il décrivait, et qui n’avait apporté que déménagements et malheurs à ses premiers personnages. Ils lui expliquèrent qu’ils étaient philosophes, et donc pouvaient représenter d’excellents personnages, posant des questions sur les situations, jetant un voile étoilé de connaissance et de réflexions sur des situations apparemment sans queue ni tête. Or ils ne voulaient pas devenir des personnages, être à la botte de l’auteur, soumis à son verbe maladif et à son schéma psychique dérangé. Ils voulaient rester ici, à refondre le monde dans un moule qu’on considère beau sans l’analyser avec des critères esthétiques, entre la présence rassurante d’une forêt millénaire et la présence inquiétante de l’océan, qui semblait dire, avec ses lentes avancées et retraites, « Je vous recouvrerai. Vous, vos enfants, toutes vos pensées, tous vos rêves seront balayés par mon flot tumultueux. Moquez vous de ma masse ou de ma lenteur, mais grain de sable après grain de sable, je conquerrai le monde. ». Evidemment, l’océan se concentrait sur une bataille qu’il pouvait gagner, plutôt que de réfléchir au fait que l’implosion de la planète le précipiterait dans le vide, masse glacée immense, destinée à s’évaporer au contact d’une boule de feu infiniment plus imposante et puissante.

Notre héroïne (Oui, vous êtes autant ses créateurs que moi. Et je sais bien qu’il n’y a qu’un lecteur, une lectrice, mais je me permets de vous vouvoyer parce que je vous respecte. Parfois.) leur suggéra une piste qui fit éclater en morceaux les axes philosophiques de ses interlocuteurs : n’était-ce pas les différences de langage et l’absence de communication entre les différents éléments de l’univers qui causaient une fatalité bien triste et un destin allant inévitablement vers l’évaporation de l’océan, se vengeant inutilement ?

Alors qu’elle allait vers de nouveaux horizons sur une barque qu’elle avait trouvée sur le rivage, elle entendit les premières tentatives d’un langage universel qui lierait entre eux tous les éléments, et les philosophes disparurent du champ d’intérêt de l’auteur.

(A suivre.)

Pierre Thonert, « L’Homme qui cachait sa chaussure en diamant »,

PREVIOUSLY : Chapitre deux.

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