Pierre Thonert, L'homme qui cachait sa chaussure en diamant.

Pierre Thonert, L’homme qui cachait sa chaussure en diamant : chapitre 1

Pour apporter un peu de confusion : ceci n’est pas un tome qui aborde l’histoire d’une chaussure en diamant. L’histoire de la chaussure fut abordée par des plumes plus illustres que ma plume qui n’est pas une plume, parce que je n’ai pas réussi à tuer ce canard pour lui dérober une plume. Ce canard m’a plutôt inspiré le besoin d’écrire un roman feuilleton dont le titre n’a pas véritablement de rapport avec le conflit. Et l’inspiration n’est pas métaphysique. Si vous avez déjà VRAIMENT regardé un canard inspirer, vous savez que le spectacle qu’il offre est celui du besoin d’écrire…et cætera. Donc, à partir de là, ce qu’il faut faire, c’est raconter une histoire.

C’est l’histoire d’une femme. Elle respirait tout le temps, ça lui évitait de mourir, et ça offrait des visites touristiques aux bactéries qu’elle absorbait constamment. Deux kilomètres après St-Etienne, elle respirait de l’air. Soudain, elle eut l’impression qu’il fallait qu’elle cloue des choses sur des gens.

Même si elle n’avait jamais connu Melinda, elle détestait son prénom, et l’ambiguïté essentielle de sa relation avec la philosophie constructiviste, qui faisait d’elle un monument de vantardise et de vanité creuse. Notre héroïne décida de partir de Saint-Etienne pour toujours, puisque le monde est fou, paraît-il, et deux mois de travail peuvent payer un aller pour le bout du monde et le monde est fini mais on lui racontait juste l’autre jour que le monde était infini, et c’est bien évidemment le genre de choses qu’on va vérifier quand on est au courant.

A l’autre bout du monde, le ciel restait au-dessus de sa tête, et une boule de lave en fusion en-dessous. On note donc que, superficiellement, un bout du monde ressemble à l’autre. Sortie des formalités douanières et de l’aéroport, elle se rua dans un taxi pour sortir de la ville, et demanda à se faire déposer au beau milieu de nulle part. Suite à l’incapacité du chauffeur à déterminer ou était le milieu de nulle part (que nous pouvons comprendre, mais n’excuserons jamais), elle sauta de la voiture en marche alors que la route longeait une forêt. Si vous lisez attentivement ces lignes, vous vous apercevrez que ce récit plonge de plus en plus dans la réalité, alors qu’il semblait couler de manière peu éthérée de l’esprit d’un fou. Il est tout à fait possible que ces plongeons dans la réalité ne vous indisposent pas, bien au contraire. Seulement, prenez garde : quand le récit sera le plus réaliste, vous pourriez voir une baleine volante s’écraser sur la mâchoire du personnage que vous aurez appris à aimer au fil des pages. Ce n’est pas une volonté de haine ou de destruction, c’est une question de contrôle de l’auteur sur son récit. Si vous vous appropriez trop le personnage, que reste-t-il de celui qui écrit ces lignes, dont le projet s’imprime sur ces pages qui vous appartiennent désormais ?

Notre héroïne trouvait que le narrateur exagérait très honnêtement, puisqu’elle avait tout une richesse intérieure à déballer à la face du monde, et qu’une espèce d’auteur égotiste (non pas égoïste, je sais choisir mes mots je vous remercie !) et susceptible préférait parler de relations entre des gens qu’elle ne connaîtrait jamais, les lecteurs, et lui-même.

Elle glissa sur une banane et un magicien la transforma en métaphysique.

Et nous voilà donc débarassés des éléments superficiels de l’écriture, très chers lecteurs. Pas d’action, pas d’intrigue, plus de personnages (puisque le magicien s’est étouffé en mangeant un morceau de gruyère). QUELLE ŒUVRE D’ART VOUS AIDEZ A PRODUIRE ! Vous permettez de déterminer que l’essence de l’écriture est la relation entre un auteur et un lecteur. Alors évidemment, cette relation s’établit plutôt à travers une complicité autour de faits connus de ces deux entités, lecteur-auteur, et pas des personnages, d’habitude, ou autour de l’admiration d’un style ou d’une construction narrative par le lecteur. Mais tournons les tables, mes enfants sauvages et persistants (j’ai quand même fait mon maximum pour vous envoyer balader, mais vous êtes encore là apparemment) : pourquoi ne pas reconstruire cette relation en créant une admiration de l’auteur pour le lecteur ? A celui qui lit ces lignes, en effet, je voue une admiration assez puissante : la lourdeur du style, l’étrangeté de la trame narrative, voire son inexistence, l’insupportable personnalité de l’auteur, qui dézingue ses personnages juste pour montrer sa bouille hideuse….autant d’éléments qui rendent la lecture vraiment très insupportable, je trouve. En plus, admirez la prétention et le besoin de particularisme de quelqu’un qui met quatre points de suspension plutôt que trois, perpétuant psychotiquement l’idée que la poésie, c’est de la ponctuation.

Mais au-delà de cette admiration, qui est très hypocrite puisqu’elle sert uniquement à me mettre en valeur, préparez vous à êtres complimentés. CAR OUI, LECTEURS, VOUS ÊTES BEAUX. Avec vos jolis petites têtes de lecteurs (j’ostracise volontairement les lecteurs qui ont des grosses têtes ou pas de tête du tout, qu’ils veuillent m’en excuser, s’ils ne veulent pas je leur préparerai un sandwich), votre détermination sans faille à lire, vos passions et vos dégoûts, vos rêves, ou votre rêve, et vos esprits si larges que j’aimerais visiter. A ce sujet, je me permettrais de vous dire que si vous avez lu antérieurement (ce que j’espère volontiers, parce que si cela est votre première lecture, vous risquez de ne plus relire de toute votre vie), votre esprit s’est fait violé. En effet, j’AIMERAIS visiter vos esprits, mais d’autres auteurs le font sans vergogne en décorant votre esprit pour en faire leur seconde résidence. Ne pensez pas qu’on offre gratuitement des paysages, des personnages, de l’action. Vous pensez retirer du livre des éléments qui vous permettent de visualiser mentalement un livre, et l’auteur vient s’installer dans votre petit paysage mental qu’il avait monté en kit pour que l’assemblage soit plus facile.

Un pin parasol jetait son ombre au-dessus d’une flaque d’eau dans laquelle une biche buvait….BOUM ! L’auteur est dans les branches ! Il savait, ce petit mesquin. De là à dire que tous les auteurs sont des voyeurs de vos esprits et pervertissent votre imagination, il y a un canyon, mais je le franchis allègrement parce que j’ai un deltaplane, et toc. Vous comprenez donc maintenant, si vous avez franchi avec moi le canyon (OU AVEZ-VOUS TROUVE CES DELTAPLANES, BANDE DE BRIGANDS ?), pourquoi j’étais si élusif concernant ma trame narrative initiale, ou bien la consistance de mon personnage. Je tentais vainement de vous faire prendre le contrôle de cette histoire en la dotant de trajectoires non déterminées par moi. J’ai échoué et je m’en excuse, car mon histoire plongeait sans cesse vers le réel, vers le récit. Encore quelques lignes et vous auriez cru que dans la forêt ou allait notre héroïne, il y avait un homme qui cachait une chaussure en diamant (peut être reviendrons nous sur le propriétaire de cette chaussure en diamant). Je me suis donc réfugié dans le sanctuaire sacré des petits plumaillons qui ne possèdent pas la discipline mentale ou la perversion (c’est selon !) de raconter une histoire : le discours théorique. C’est déjà un plongeon vers le réel, mais un petit. Que voulez-vous, j’ai le vertige.

Je vous prie au passage de ne pas me personnager (oui j’invente des verbes, et j’abuse des parenthèses.), puisque j’ai déjà fait l’effort de détruire mes personnages, ce n’est pas pour m’ériger moi-même en tant que tel. Je ne suis pas un personnage. Si vous pensez que les traits de caractère que je me suis donné, ou même le simple fait que je sois un je qui écrit suffit, je me permets de vous dire qu’en fait je suis très adorable, que j’ai écrit 8 romans avec des histoires d’amour, d’ennui, d’action et de finances internationales dedans, 642 personnages en comptant les livreurs de pizza, je n’ai ni le vertige ni un deltaplane, et on m’a coupé la jambe droite en juin 1983. Que cela soit vrai ou faux n’a aucune importance (puisque si je vous dit que c’est faux, qu’est-ce qui vous empêche de croire le contraire ? Mon autorité ? HAHAHAHAHAHAHA), ces traits de caractère ne servent qu’à appuyer mon propos et à créer une figure que vous détestiez mais qui vous aime. Et le prochain qui me transforme en personnage, je lui tronçonne le ventricule à coups de queue de castor. Un personnage disparaît quand les pages se ferment, et je déteste l’idée que vous puissiez reprendre le contrôle de cette histoire simplement en me faisant disparaître. Si vous êtes arrivés jusque-là, en effet, et même depuis le départ, c’est que vous êtes dans mon enfer (ou bien le vôtre, mais ne soyez pas aussi égocentriques s’il vous plaît.), c’est-à-dire dans une relation avec un auteur.

Du coup, je vous abandonne là.

Pierre Thonert

à suivre… Chapitre deux.

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