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Rencontre avec Georges Thiéry, peintre-poète de l’angoisse et de l’homme

« Nous construisons et construisons sans cesse, mais l’intuition continue d’être une bonne chose ».
P. Klee, 1928

Paul Klee est un artiste pour qui la contemplation est une révélation. Ce qu’il revendique ici dans ses Recherches exactes dans le domaine de l’art peut sans conteste aider à comprendre la démarche de l’artiste plasticien et poète contemporain Georges Thiéry, qui reconnait par ailleurs l’influence du peintre allemand dans l’élaboration de son travail. Il se souvient aussi de Die Brücke, de Schiele, de Rothko et de la spontanéité des expressionnistes abstraits américains. Il lit Senghor, Césaire et Artaud.

 

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De la peinture et des dessins qu’il propose émane une intensité lumineuse qui participe des effets harmoniques des couleurs auxquelles il s’attache. On y rencontre des personnages au regard extatique et inquiet, perdu dans un décor végétal ou abstrait qui témoigne d’un goût du rêve et d’un abandon à l’irrationnel qui se retrouve dans sa littérature.

Comment comprendre et analyser l’angoisse qui traverse ces images, et qui atteignent de plein fouet le spectateur attentif ? Peut-on y lire, de la part de cet artiste autodidacte, à la fois détaché des contraintes formelles académiques et seul juge de sa production, l’expression de l’angoisse existentielle heideggérienne, qui atteste de l’expérience de la liberté comme fardeau, comme obstacle ? Cette angoisse indéterminée, ce « vertige du possible » que représente notre responsabilité de choix face à ce qui sera notre existence semble bien prégnante dans l’œuvre littéraire et picturale de Georges Thiéry. Jeté seul dans le monde, il s’agit à chacun d’assumer son chemin, et d’accepter qu’il croise celui d’autrui ; l’artiste, qui reconnait réaliser dans chacun de ses visages une projection de lui-même, qu’il apparaisse seul ou entouré, ne quitte jamais le spectateur de ses yeux anxieux et témoigne de la contingence du soi et des relations humaines.

Hypnose passagère
Irréelle conviction incertaine
Pâleur de la bougie sur les stries vaines des plis esquissés
Par la beauté mondaine et souveraine de toux brûlantes
Sur le pouls fortifié les souvenirs s’éteignent
Grâce improbable équations perverses
Des mondes qui se taisent
sur la ligne
Confuse
Présente
Je …
(1)

Comme en quête de racines métaphysiques, ses poèmes et ses portraits questionnent la place de l’homme dans le monde, de l’homme avec les autres. A ces toiles peuplées parfois de loups répondent certains « règlements de comptes » poétiques qui nous renvoient à notre finitude et à nos doutes sceptiques.

Ne soyons pas ennemis
La solitude m’a rendu taciturne
Je n’arrive plus à parler
Et mon cerveau est en léthargie
Suis-je devenu sourd aux tressaillements du Monde ?

Je n’entends plus les imprécations
Cloîtré dans mes murs de peau
Mon regard cherche l’évasion
Mes mains se tendent en vain

La conversation m’est difficile
Si je déchiffre tes mots
C’est en vain
Leur message ne m’arrive plus

Impuissance de la pensée
La fin d’un temps est advenue
Sur le boulevard des rencontres
J’ai échappé à la plupart
Perdu que j’étais
Dans ce sommeil de post-agonie
Au milieu des foules civilisées.
(2)

Le travail esthétique qui porte ces impressions – la vive musicalité de son écriture comme la constitution de la lumière comme matière possible au niveau pictural – traduit lui-même une très forte subjectivité. La poésie est pour lui l’écriture de l’intime, un exutoire nécessaire et spontané par lequel on peut revenir sur certaines choses, sans doute celles qu’il faut apprendre à dépasser pour pouvoir avancer. La solitude pesante qui guide certains aspects de son œuvre se double d’une recherche régulière de collaboration dans la création. Il fait notamment partie du collectif NÜ KÖZA à Dijon, coécrit et publie depuis 2009 avec Chloë Malbranche, écrivain philosophe de formation, collabore avec la plasticienne Souad Mani en Tunisie et la musicienne Agathe Max en France. Ce type de travail commun, très enrichissant d’un point de vue humain et artistique, lui permet par ailleurs de croiser de nouveaux médiums non explorés, comme la musique, et pourquoi pas la vidéo. Il réalise dans ce cadre quelques performances, en direct ou en ligne, par le biais des réseaux sociaux.

 

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Depuis deux ans, son activité créative s’est particulièrement concentrée sur  l’écriture. Il a le projet de s’essayer au récit ; on trouve déjà sous cette forme un premier essai, publié dans une Anthologie de nouvelles sensuelles en 2011 chez Edilivre, où il écrit aux côtés de Chloë Malbranche, Aurélie Colas et Laurent Dubois.

Publications :

Recueil de poèmes Nuits Krsnaïtes, Edilivre, collection classique, Paris, juillet 2012

Revue La salamandre n°16, « La craie d’Ukraine » coécrit avec Chloë Malbranche, Paris, hiver 2011-2012

« Le temple de la nuit » in. Anthologie de nouvelles sensuelles, sous la direction de Chloë Malbranche, Edilivre, Aparis, Paris, décembre 2011

Périodique Vermifuge n°4, Dijon, 2011 (3 poèmes)

Recueil de poésie Les chants parias,  Edilivre, Aparis, Paris, août 2011

Revue Némésis, Dijon, juin 2010 (3 poèmes)

Périodique Vermifuge n°1, Dijon, avril 2010 (poèmes et peintures)

Recueil de poèmes Les jours tombent, Edilivre, Aparis, Paris, mai 2009

Recueil de poèmes Mots aux femmes, lulu.com, autoédition et publication, 2008

Recueil de poèmes enluminés Les sexes jaunes octobre, lulu.com autoédition et publication, 2008

Revue Némésis, « Détresses, Mes abîmes », Dijon, mai-juin 2008

Nimp Magazine, Paris, février 2008 (2 dessins et 2 poèmes)

Revue Némésis, poèmes « Crache ta terreur » « Bilan » et « Diluvienne et funeste », Dijon, octobre 2007

Revue Némésis, poèmes « la tristesse » et « les longs liens », Dijon, mars 2007

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En ce moment :

Du 12 janvier 2013 au 06 février 2013 Exposition collective au B’chira art center (Tunis). Travail texte image avec Souad Mani (Iphonologie)

Il diffuse également ses travaux par le biais de nombreux blogs ou sites internet :

http://georgesthiery.blogspot.fr

http://georgesthiery.wordpress.com/

http://fantomedu2bis.blogspot.com/

http://carnetnepalais.blogspot.com/

http://www.myspace.com/rosageorge

http://georges.thiery.pict.free.fr

http://chloe-georges.blogspot.com

Mathilde Rouxel

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(1) article du jeudi 29 novembre 2012, sur http://georgesthiery.blogspot.fr

(2) Georges Thiéry, Les chants parias, éditions Edilivre Aparis, coll. Tremplin, 2011, p.16

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Une réflexion sur “Rencontre avec Georges Thiéry, peintre-poète de l’angoisse et de l’homme

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