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Angélique Bègue, Dans mon corps.

L’occasion de la sortie de son nouveau livre, Dans mon corps, permet de présenter l’artiste plasticienne lorraine Angélique Bègue.

Née le 23 décembre 1970, elle vit et travaille à Nancy. Par son art, sa peinture et son écriture, elle touche aux relations délicates, et souvent entremêlées, qui lient religion, société et sexualité. Son originalité réside dans ce va-et-vient entre le symbolisme de ses tempera profanes et la réalité raffinée de ses représentations du corps féminin et des sentiments.

De son apprentissage de l’écriture d’icônes byzantines et de sa formation à l’école des Beaux-Arts, elle a conservé cet intérêt pour le corps, bien qu’elle utilise un nouveau langage dans ses performances pour aller, par le vécu d’une souffrance, vers une définition d’elle-même. Elle se réfère à Julien Green, qui écrivait : « Il n’y a jamais que deux types d’humanité que j’aie vraiment bien compris, c’est le mystique et le débauché, parce que tous deux voient aux extrêmes et cherchent, l’un et l’autre, à sa manière, l’absolu ».

Angélique Bègue, toujours en quête d’absolu, veut réunir en elle-même ces « deux types d’humanité » : « J’aimerais faire de ma vie une fresque de beauté, du profond mystère de la nature humaine que j’explore à travers mon art, mon âme et ma chair dans un engagement que je pense audacieux, sans concession ni peur… »

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Sa démarche a été analysée par Johannes Peeters,  professeur en arts plastiques du département Arts de l’Université Paul Verlaine de Metz, à l’occasion de Cohabitations entre espaces et personnages dans la peinture d’Angélique Bègue, que nous reprenons ici.


L’espace technique.

Dans un premier temps les peintures d’Angélique, les formats, les supports et l’absence d’une représentation d’un espace conçu qui trouve ses origines à la Renaissance nous renvoie vers un espace iconique dit « primitif ».

Avant l’espace de la Renaissance, l’espace représenté constituait un espace symbolique, les éléments constitutifs à l’intérieur d’une composition centripète y sont placés selon une grandeur symbolique.  Décor et architecture se confondent avec les personnages représentés, et nous renvoient, par l’absence d’un système de représentation tridimensionnel, vers un espace peu profond, où les personnages, l’architecture et le décor se confondent.

Ce système de représentation nous fait penser aux icônes d’ordre religieux du Moyen-âge et surtout aux primitifs Flamands. Dans ces peintures « iconiques » les saints sont toujours représentés selon une composition dite « centripète ».  Les personnages sont représentés de manière centrale, car les personnages, créatures de Dieu, sont symboliquement plus importants que les décors et architectures, qui sont des créations de l’homme.

Ce sont cette représentation primitive associée à la composition centripète qui constituent les références de cette iconographie dite primitive, mais dans le cas présent le terme « primitif » n’a rien de péjoratif : au contraire.

Cette organisation de l’espace représenté, qui nous rappelle donc cette iconographie primitive est renforcée par le support et la technique choisis par l’artiste.

Les primitifs Flamands ainsi que les peintres d’icônes utilisaient du bois massif comme  support. Cette technique avait été remplacée pendant la Renaissance par des supports en toile tendue sur châssis en bois, pour des raisons purement pratiques.

L’utilisation du bois massif comme support constitue donc un élément de référence important, tout comme la technique de tempera, qui est une technique très ancienne, qui date d’avant l’invention de la technique de la peinture à l’huile par Jan van Eyck.

Cette technique de la tempera, que l’on appelle aussi la « la peinture à l’œuf » , est aussi une technique très employée par les peintres d’icônes et les primitifs Flamands.

L’espace symbolique.

Comme dans la peinture des primitifs Flamands, la peinture d’Angélique occupe un espace symbolique important. Ce symbolisme est très lié à l’espace psychologique.

Sans vouloir entrer dans un domaine que je ne maîtrise pas, on peut sans problème déceler dans la peinture d’Angélique une volonté d’exprimer souvent des idées d’enfermement ou des liens entre les personnages représentés. On retrouve ce même symbolisme dans ses performances.

Les personnages représentés – souvent Angélique se représente elle-même – se trouvent dans des espaces clos, et qui ne possèdent que très peu de profondeur.  On a donc souvent à faire à des personnages qui sont attachés les uns aux autres, ou qui possèdent des liens matérialisés entre eux. En revanche on ne trouve presque jamais de représentations qui expriment la douleur. Ces sont des peintures silencieuses, qui ne crient pas la douleur mais qui expriment l’enfermement ou l’attachement psychologique entre personnes consentantes.

L’espace expressionniste.

Avec les considérations mentionnées ci-dessus, on entre dans un espace « expressionniste ». L’expressionnisme exprime une intériorité, des sentiments ; la plupart du temps il s’agit de créer un climat d’incertitude, d’angoisse,  un climat d’inquiétude. Ce qui est le cas dans la peinture d’Angélique – mais peut–être que le terme « inquiétude » est trop forte, je pense préférer le terme de « incertitude ».

En ce qui concerne l’expressionnisme figuratif, on ne peut pas  ne pas penser à Klimt, Schiele, ou les expressionnistes de « Die Brücke » comme Kirchner, ou Muller, bien que la facture chez Angélique est beaucoup moins dramatique. Il n’en reste pas moins qu’on est devant un espace « expressionniste », mais qui fera peut-être plus penser à Frida Kahlo, la souffrance manifeste en moins.

Il serait absurde de résumer le travail d’Angélique uniquement à une série de références concernant l’histoire de l’art. Sa peinture possède bien sûr ses valeurs propres, mais comme chez tous les artistes, on peut déceler des influences,  et des références, sans quoi, on aurait à faire à un art brut, ce qui n’est nullement le cas.

Il existe dans le travail d’Angélique une dimension qui me semble importante chez tous les artistes : il s’agît d’un « espace imaginaire ». Cet « espace imaginaire » est primordial, car il permet aux spectateurs de pouvoir s’identifier et d’identifier ses propres sentiments à partir des œuvres qui lui sont proposées. Cet « espace imaginaire »  est très important dans le travail d’Angélique, qui nous permet de citer une célèbre de phrase de Marcel Duchamp : « Ce sont les spectateurs qui créent le tableaux ».

 Johannes PeetersCohabitations entre espaces et personnages dans la peinture d’Angélique Bègue, conférence tenue à l’occasion de l’exposition Un envol… de vie à la BUL de Nancy2, janvier 2012

Dans mon corps, Angélique Bègue, 2012.

Angélique Bègue se produira ou présentera prochainement son travail :

– Décembre 2012 : « Dans mon corps » exposition au Musée d’Art et d’Histoire de Toul
–  Janvier et Juin 2013 : « Don du sang » performances à Nancy.
– Octobre 2013 : « Galerie de portraits » exposition au Conseil Général à Nancy
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4 réflexions sur “Angélique Bègue, Dans mon corps.

  1. Le commentaire est peut-etre un peu compliqué à comprendre dans son intégralité pour un novice comme moi; mais j’aime ton travail et en redemande. Merci. Je suis eric french de facebook

  2. Merci Eric pour ton mot, tes mots qui me donnent de l’entrain pour continuer ce métier d’artiste qui est ma vocation mais qui est aussi un métier difficile.
    Merci aussi à Esther. Bonne journée.

  3. Pingback: Angélique Bègue, Dans mon corps. | Joperpereira's Weblog

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