Événements/Nouveautés/Prose

Trois ans avec Rousseau, un roman d’Hubert Camus.

Hubert Camus est étudiant (22 ans). Trois ans avec Rousseau est son premier roman, mais pas sa première publication : certaines de ses nouvelles ont en effet été récompensées par les éditions turgotines. En tant que journaliste jeune, il a écrit de nombreux articles parus majoritairement dans L’Étudiant autonome (premier mensuel étudiant, distribué dans la plupart des Universités d’Île-de-France). En 2010, il a fondé la revue littéraire et culturelle Nomenculture. Il a participé en tant que chroniqueur à plusieurs émissions de Tous sur les ondes, de la Radio Sorbonne nouvelle.
Depuis Trois ans avec Rousseau il a écrit deux romans et deux pièces de théâtre (non publiés). Il travaille actuellement sur un nouvel ouvrage.

A l’occasion du tricentenaire de Rousseau, Hubert Camus nous offre un roman historique, qui met en scène l’initiation d’un jeune homme, dans sa découverte de l’amour et de l’homosexualité.

En 1775, Nicodème a 17 ans. Fils cadet d’une famille parisienne bourgeoise, il ne sait pas bien vers quoi diriger sa vie. Jusqu’à ce qu’il rencontre Jean-Jacques Rousseau, ce qui changera son existence.
Pendant trois ans, jusqu’à la mort de l’écrivain, une forte amitié les liera. Rousseau apprendra à son élève la philosophie, mais pas seulement.
Ensemble ils font de magnifiques promenades, travaillent la botanique, parlent énormément. Mais Nicodème, lui, ne se contente pas de cette amitié et il adore Rousseau, qui est son deuxième père, son mentor, son amour impossible et interdit. Âgé, il est revenu sur la singulière expérience qu’il a vécue pendant son enfance. Son manuscrit a été retrouvé il y a peu parmi de vieux papiers ; le voilà publié pour la première fois. L’orthographe et la mise en page ont été modernisées.

Extrait du chapitre 2 de Trois ans avec Rousseau, roman d’Hubert Camus.
Éditions Kirographaires.

Je revis justement notre maître peu après, inopinément. Lamache [le précepteur de Nicodème] me faisait un cours de botanique en contexte. Nous étions au nord de Paris, vers la Nouvelle-France. Il me désigna une fleur fort jolie et me demanda de m’en approcher. Je me penchai et l’observai sans pouvoir en dire grand-chose sinon désigner sa corolle ou quelques autres de ses parties essentielles. Mon précepteur, d’un ton docte et particulièrement hautain, me donna moult détails qui lui avaient permis d’abord de mieux décrire la fleur, mais ensuite de déterminer son espèce. Un personnage, qui se tenait derrière nous sans que nous l’eussions entendu venir, laissa échapper un petit rire. Je me retournai et vis d’abord une silhouette debout, un carnet à la main, qui nous observait. Je distinguai son air bonhomme. Il me sourit, et je restai stupide.
L’homme de mes songes depuis des mois, mon maître à penser, mon Mentor mythologique s’accroupit au côté de Monsieur Lamache. Très calmement, très gentiment, il revit les conclusions du précepteur et lui démontra ses torts. Ce dernier, vexé d’être ainsi contredit devant son élève, demanda d’un ton sec :
– Effectivement Monsieur, je reconnais mon erreur. À qui ai-je l’honneur ?
– Jean-Jacques Rousseau, Monsieur. Pour vous servir.
La réaction de Lamache ne se fit pas attendre, et elle mérite d’être contée : il bondit plus vite que ne le permet la nature, ouvrit des yeux coqués, devint tour à tour rouge et blême, considéra son homme et
constata que ce n’était pas un usurpateur, me regarda comme si j’étais coupable ou blâmable de quoi que ce soit, inspira bruyamment, regarda Rousseau, qu’il finit par saluer :
– Monsieur, dit-il piqué et sans enthousiasme, je suis ravi de vous rencontrer et c’est un honneur que d’avoir été corrigé par votre personne. Pardonnez mon ignorance et l’enseignement dévoyé que j’inculque à Monsieur le fils de Monsieur Veyran. À la vérité, ce ne sont que des rudiments dont Monsieur n’aura sans doute pas raison de faire usage dans son avenir.
– Vous vous trompez, cher Maître : la botanique est utile à bien des choses, qui dépassent ce qu’on attend habituellement d’elle. Connaître la nature, c’est connaître l’homme ; or qui peut se passer de se connaître, aujourd’hui ? Et que savez-vous de son avenir ? La vie réserve parfois des surprises, et j’en suis témoin devant Dieu. Un apprentissage négligé aujourd’hui peut être ressenti comme nécessaire à mon âge. Quel drôle de chemin fait-on parfois pour arriver à la botanique ! Vraiment, vous ne mesurez pas la chance que vous avez en vous occupant de l’éducation d’un homme.
Un silence suivit ces mots. Lamache regardait Rousseau d’une manière déplaisante. Rousseau le regardait dans les yeux comme par trop d’amour où mon précepteur le fixait, en cherchant la bonne
phrase à lui rétorquer. Elle vint, abominable : « Monsieur, je ne crois pas que vous soyez le plus à même de me parler d’éducation, vous, lâche qui avez abandonné les vôtres et n’avez jamais instruit qu’une poignée de lecteurs ignorants ! Vos connaissances en botanique dont vous vous vantez, quoiqu’elles ne soient pas érudites, ne vous permettent pas de juger mes méthodes. »
Rousseau fulminait.


Trois ans avec Rousseau, Hubert Camus, éditions Kirographaires. 125 pages, 19,90€
Publicités

Une réflexion sur “Trois ans avec Rousseau, un roman d’Hubert Camus.

  1. Pingback: Couverture presse pour Trois ans avec Rousseau | Kiro blog

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s