Littérature

« Imagine…Un autre monde »

« Robert des bois

Cet endroit m’est inconnu

Mes affaires ne sont plus là

Le ballon s’est changé en pleine lune

Le stade en montagne.

Allez, finie cette image […] »

Par Yoyo, Scofild, Kelv, Despe 522

Bernard Bygodt

Ils sont neuf à avoir participé à l’écriture d’un recueil de poèmes intitulé « Imagine…un autre monde », publié en 2011. De leurs auteurs, nous ne savons pas grand chose si ce n’est les pseudonymes et initiales derrière lesquelles ils se « cachent »: Yoyo, Kelv, Scofild, R. de R., Kerlouchi, Despe 522, Brek, Yanos et V.L. Dans sa préface, Anne Colin (comédienne, écrivain et metteur en scène) reste très prudente quant aux mots qu’elle emploie: « on pourrait dire que cela leur a permis de « s’évader ». J’écris cela avec précaution et respect ». De même, j’observe cette prudence quand, déjà, le terme « cacher » me pose problème. Le recours au surnom non seulement masque une identité (ou au contraire, permet d’en créer une) mais peut également refléter la condition de détention de ces auteurs, incarcérés dans la maison d’arrêt d’Albi. Si mon but n’est pas de tenir un discours politique, je ne crois ni à la « transparence » de notre système carcéral, ni à l’ouverture dont elle se targue. Force est de constater que nous n’en savons rien et qu’il constitue un monde « à part » : « Version OK pour la société » (Moi Boite, par R. de R.).

Dans sa préface, J.A Lhopitault (journaliste) parle de « la trace d’une rencontre ». Celle d’un peintre, Bernard Bygodt, décédé en 2004, et de ces neufs auteurs qui ont participé en mars 2011 à un atelier d’expression. A travers cette rencontre, je vois un dialogue entre les arts. En effet, ces écrits se sont avant tout inspirés d’une suite de peintures réalisées en 1988-1989 par Bernard Bygodt répondant au thème « Enfermements-Enfermement ». S’il s’agissait au départ d’aller à la rencontre de ce peintre, de se laisser séduire par ses toiles et entrainer dans son univers, c’est finalement l’inverse qui s’est opéré. Les auteurs se sont pris au jeu et en partant de cette suite de peintures, en sont finalement venus à parler d’eux-mêmes, de leur sensibilité et de leur propre rapport au monde. Ils n’évoquent en effet pas seulement le motif de l’enfermement, des « grillages » et des « barreaux », mais aussi celui de la mort « surréelle », du sentiment d’angoisse et de l’absurde, de la folie, de la croyance… et très souvent, avec distance, sous couvert d’humour ou d’irréalité : « Monsieur, tu m’as disloqué/C’est très embarrassant, mon cul est exposé » (La vue, par R.de R.). Le peintre « souhaitait que la suite Enfermements-Enfermement fasse écho auprès des autres » et c’est aujourd’hui chose faite. Ces « autres » y ont trouvé le moyen de faire l’expérience de leur liberté, et parviennent d’un bout à l’autre du recueil à nous « contaminer » en nous faisant partager leur imaginaire qui se laisse déjà deviner dans les titres des poèmes :  « L’homme à la cage de verre », « Si… », « Jeu d’O », « Moi boîte », « La pertinence d’une vie », « J’ai perdu la raison ».

Bernard Bygodt

« Ca y est ça glisse

J’suis sur ma luge »

(J’ai perdu la raison, par Kelv, Scofild, Yoyo)

La feuille de chou numéro 7
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